Une semaine seulement et me voilà déjà follement amoureuse de l’aventure à moto. Sur la route de Ben Tre, je ne cessais de me remercier pour ce que je me faisais vivre. Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance…
Chao vit et un régime de banane
Une fois mes sacs posés sur le dos de mon nouveau compagnon de road trip, je ne trouvais plus l’équilibre. Je fus prise de panique : et si je n’y arrivais pas ? Juan me proposa de troquer ma moto pour un scooter, et Loan évoqua la possibilité de totalement abandonner le projet. Well… c’est très mal me connaître que de proposer de telles solutions. Bien que j’aie très peu de patience quant au laps de temps nécessaire pour maîtriser un nouveau concept, au grand jamais je n’y renonce.
C’est ainsi qu’après une dizaine de kilomètres, je faisais déjà des roues arrières dans les rues bondées de Hô Chi Minh… I’m joking, of course, mais plus aucun doute ne subsistait quant à la teneur de cette aventure. Les soupçons se sont d’autant plus envolés lorsque nous avons mangé dans un bouiboui perdu au milieu de la campagne vietnamienne. Nous sommes repartis, le ventre rempli de Chao Vit (une soupe au canard) et les bras de bananes, gentiment offertes par les restaurateurs.
C’est pour cela que cette façon de voyager était si attrayante malgré les risques encourus. Ce n’est pas pour les bananes gratuites (aussi délicieuses soient-elles🤪), mais pour l’opportunité de réellement aller à la rencontre des populations locales, de leur culture, et de l’authenticité (c’est décidément le mot d’ordre de ce voyage !).
Ben Tre
Je suis tombée sous le charme de Ben Tre en janvier. De ce fait, je me devais d’y emmener Loan. Cette fois-ci, c’est à moto que nous avons parcouru les petits chemins entre cocotiers et bananiers, ce qui nous a permis d’aller bien plus loin. Malgré tout, nos gros bébés font un sacré boucan.
Pour le deuxième jour, nous avons jeté notre dévolu sur deux vieux vélos dont les freins ne fonctionnaient plus et dont la selle martyrisait notre coccyx, mais qui offraient un accès incomparable au silence (même si celui de Loan semblait avoir des choses à dire tant il couinait).
Wondering around sans objectif est la plus belle façon de visiter Ben Tre. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec un cà phê đá (café glacé) dans une main, un micro de karaoké dans l’autre, à chanter des chansons dont nous ne connaissions ni les paroles, ni le tempo. Tout ce que nous savions, c’est que nous faisions trois heureuses qui ne cessaient de nous servir du thé et de nous encourager à continuer de chanter. Il nous a fallu insister pour leur rendre le micro une fois notre langue trop emmêlée à force de baragouiner des mots dénués de sens. That’s a core memory for sure !
Le soir, nous sommes partis en croisière sur le Mékong avec Muoi Number 10. Même heure, même trajet, et pourtant l’expérience avait un tout autre goût. Bien évidemment, il a sorti la carte de la noix de coco ouverte à la machette, mais je n’avais pas vu venir le coup des fruits de mangrove (peut-être parce que je ne savais pas que cet arbre donnait un fruit, encore moins qu’il se mangeait.) Il est apparemment très apprécié dans les soupes pour sa vertu amère. En tout cas, il n’a clairement pas fait l’unanimité sur le bateau.








Au petit matin, une fois notre estomac rempli d’un merveilleux petit déjeuner préparé avec amour par la dame de l’homestay, il était déjà temps de prendre la route. L’énergie emmagasinée grâce à ce repas allait nous être bien utile…
Du Vietnam au Cambodge
Moc Bai est la seule frontière Vietnam-Cambodge qui accepte que les étrangers passent avec des motos vietnamiennes. Le Laos, de son côté, refuse catégoriquement toute entrée depuis le Vietnam. Le seul itinéraire possible pour faire la boucle (comme on l’appelle dans notre jargon de voyageur) est donc : Cambodge (par Moc Bai, à 1 h de Hô Chi Minh), Laos, puis retour au Vietnam. C’est pourquoi nous sommes si vite sortis du pays du Dragon. But we’ll be back for sure (jamais deux sans trois, parait-il !)
Le Vietnam par ses campagnes
Seulement 2 h 45 séparent Ben Tre de Moc Bai, mais qu’est-ce qu’un road trip si on ne prend que la nationale ? Nous avons alors créé un itinéraire point par point pour passer par les routes de campagne. Cela a rajouté une heure à notre trajet, mais nous avons pu savourer chaque kilomètre entre les champs de bananiers, de fruits du dragon, les palmiers, les rizières et les petits villages vietnamiens ; une compagnie infiniment plus agréable que celle des camions de la N1.
Les villages vietnamiens ne remplissent pas les critères des villages pittoresques et pourtant, la sincérité et l’histoire de chacun ne laissent pas indifférent. Ce ne sont pas de jolies maisons en pierre, il n’y a pas de petites fontaines à chaque coin de rue, ni de fleurs tapissant le sol, mais on pourrait y déambuler de longues heures sans se lasser des sourires que l’on croise, des salutations cordiales des adultes ou celles plus animées des enfants, des panneaux affichant des photos immondes de plats délicieux, de vieilles dames cuisinant devant leur porte…
Les habitations ressemblent davantage à des blocs bétonnés, mais leur singularité leur confère un charme unique. Malgré l’enchevêtrement de motos et de voitures, dont le bruit réveillerait les morts, on ne s’y sent pas à l’étroit, comme si cette authenticité inégalée apportait, au final, une véritable bouffée d’air frais.
En sillonnant ces jolies routes de campagne, nous étions épris d’une sensation de liberté qu’aucun de nous deux n’avait ressentie auparavant. Nos fesses criaient de douleur, mais nos cœurs hurlaient de bonheur (en espérant tout de même que nos muscles s’habituent rapidement à l’assise de nos motos…).
L’idée d’avoir tout ce dont nous avons besoin réunie dans l’équivalent de 2m2 est fascinante : une bécane achetée pour une bouchée de pain, trois vêtements et l’amour de sa vie. Pour le reste nous avons le ciel comme toit, les habitants de la planète pour famille, et le devoir de vivre pleinement comme métier. Finalement, nous ne sommes pas si loin du schéma de la société !
Arkoun
Le passage de la frontière s’est finalement avéré bien plus simple que je ne l’avais imaginé. Je me suis sentie un peu ridicule face à tout le stress accumulé ces derniers jours. Nous avons été accueillis par de grands sourires et même des éclats de rire lorsque nous articulions tant bien que mal un cảm ơn (merci en vietnamien) plutôt qu’un arkoun (merci en khmer). Les policiers français devraient passer un mois ou deux au Cambodge pour s’imprégner de la bienveillance des Khmers !
Quoi qu’il en soit, une fois le tampon exit côté Vietnam apposé, le visa cambodgien payé et un nouveau tampon d’entrée inscrit dans le passeport, nous sommes rentrés sur le territoire du Cambodge accompagnés de nos deux nouvelles meilleures amies !

Article magnifique
« Sur la route de Ben Tre, je ne cessais de me remercier pour ce que je me faisais vivre. »….bravooooo
« Pour le reste nous avons le ciel comme toit, les habitants de la planète pour famille, et le devoir de vivre pleinement comme métier »….c’est génial et très beau .
Vous avez fière allure sur vos bécanes…ok dirait les années 70 .
Très beau texte 💓💓💓, j’ai retenu les mêmes extraits que maman… d’où sors tu tout ça ? 😍😍.
Profitez bien, et reposez-vous vos fesses. C’est comme le vélo, on s’y fait !