Et même si on m’avait dit que l’aventure à moto ce serait aller voir 7 mécaniciens différents dans la même semaine, j’aurais quand même pris le risque.
Wrong way, turn around
Nous avons kind of pris gout aux itinéraires homemade. Cette fois-ci, j’ai pris les rênes de l’expédition. Même lorsque Google Maps me refusait catégoriquement l’accès à une route, je manigançais pour l’y faire passer (note à moi-même : Google knows better than you, silly).
Bonne nouvelle : la campagne était magnifique. Nous avons emprunté plein de jolis petits chemins pas plus larges qu’un pneu de tracteur, nous étions seuls, perdus dans le fin fond du Cambodge.
Mauvaise nouvelle : il nous a fallu rebrousser le chemin plusieurs fois. Nous nous sommes retrouvés face à des culs-de-sac, des ruisseaux boueux peu engageants, ou encore des prairies barrées de barbelés.
« C’est l’aventure ! » comme dit Loan en forçant son accent du sud-ouest.





Nous étions à la dernière ville qui nous séparait d’un lit douillet lorsque la fatigue décida de venir nous tenir compagnie. Après 100 km, 3 aller-retour dans les champs et la visite d’un temple où l’on a cessé de nous alpaguer pour nous demander de l’argent, sa présence était compréhensible.
« J’ai hâte d’arriver à la guesthouse, je n’en peux plus » lâcha Loan dans un soupir. Deux secondes plus tard, c’est le câble de l’accélérateur de ma moto qui nous lâcha. Dans un rire nerveux, on mesura tous les deux la chance que cela ne soit pas arriver au beau milieu de la cambrousse.
Les gens du village parlaient aussi bien anglais que je parle khmer. La communication s’est alors dessinée du bout des doigts. Une heure plus tard (oui, on peut dire que le câble lui a donné du fil à retordre 🤪) et avec 5 $ en moins, nous repartions en direction de ce matelas qui n’attendait que nous.
Kien Tuk beach
Après 2 semaines dans les terres, l’océan commençait à nous manquer. Nous avons alors pris la décision de faire un léger détour (juste une petite centaine de kilomètres 😅) pour plonger dans l’eau.
Nous nous sommes amusés comme des fous sur le chemin de Kien Tuk beach. Entre les racines des arbres, les parties ensablées, les trous et les cailloux, nous avons travaillé notre slalom en zigzaguant avec plus ou moins d’assurance.
Au bout du chemin se trouvait une jolie petite maison sur pilotis surplombant les vagues. Le long de la plage, des paillotes bordées de hamacs invitaient à s’abandonner pleinement au calme environnant. Cependant, l’eau trouble, venant s’écraser sur le sable, n’inspirait guère l’envie de s’y jeter ; nous avons fini par enfourcher nos motos, en quête d’une plage qui ne nous ferait pas hésiter une seconde à piquer une tête.
Notre quête fut retardée par la seconde visite de la semaine chez un mécanicien. Depuis Phnom Penh, ma batterie semblait avoir rendu l’âme. La moto s’allumait une fois sur deux lorsque j’appuyais sur le contacteur d’allumage et elle n’avait pas l’air décider à démarrer non plus avec le kick start.
Le mécano installa un régulateur. Ce dernier a pour but de transformer le courant alternatif produit par l’alternateur en courant continu et de réguler la tension.
10 minutes plus tard, après avoir rechargé la batterie manuellement, il me tendit un pouce en l’air pour me signifier que tout était bon, me vola $10 (c’est une somme aberrante au Cambodge pour le travail qu’il a fait) and off I go ! Pourtant, je n’étais pas au bout de mes surprises…
Khum Kaoh Sdach
Jusqu’à la dernière minute, nous avions espoir que Khum Kaoh Sdach ne serait pas qu’une horrible station balnéaire en pleine construction. Pourtant, il n’y avait pas un seul grain de sable que les resorts à en devenir n’avaient pas déjà prisé.
Probablement à cause de la basse saison, mais aussi due à la nouveauté de ces infrastructures qui n’avaient encore pas pu faire leurs preuves sur le marché, tout était vide. Il n’y avait pas un touriste à l’horizon. Seul un Labubu géant nous a tenu compagnie alors qu’on se désaltérait dans l’unique restaurant ouvert et abordable de la ville.
Cet endroit nous a vite rendu tous les deux mal à l’aise. Bien que les plages de sable blanc et l’eau translucide soient le cadre instagrammable idyllique, notre seule envie était de courir à contresens. So that’s what we did. Well.. tried to do.
Le tas de ferraille me servant de véhicule se remit à faire des siennes. Paniquée par peur de plus l’abimer, on se rendit chez le premier mécano venu. Il m’affirma que la batterie est morte. « Ça prendra seulement 10 minutes, madame », articula-t-il dans son plus bel anglais.
5 heures plus tard, nous étions toujours assis sur notre chaise, essayant de comprendre pourquoi il ne cessait de trifouiller le régulateur qui avait été installé le matin même. Au moins, ça m’a laissé le temps de trouver un nom à ma nouvelle amie : Véruca, en hommage à Véruca Salt dans Charlie et la Chocolaterie, pour son caractère têtu et capricieux. Reste à espérer qu’elle ne soit pas susceptible…
Nous rêvions de nous enfuir de cette ville étrange, mais elle n’en avait apparement pas fini avec nous. Nous avons récupéré Véruca qu’en milieu de journée le lendemain. 25 $ et de longs remerciements étaient d’ordre. Apparemment, il y avait déjà un régulateur caché dans le moteur. Le deuxième provoquait alors un court-circuit. Je repartis avec une nouvelle batterie et le cœur rempli d’espoir.
Espoir qui s’éteindra 20 km plus tard, lorsque le contacteur d’allumage décida de reprendre congé…
Un 4ème pour la route !
Malgré ses intempéries, Véruca a tenu les 150 km qui nous séparaient d’une grande ville. Après quelques recherches, nous avons décidé de rejeter la faute sur le carburateur probablement encrassé ; le fait qu’elle soit aussi difficile à démarrer au kick start nous a mis la puce à l’oreille.
Le quatrième mécanicien avait l’air de vraiment savoir ce qu’il faisait. Il a resserré la roue arrière, qui avait une fâcheuse tendance à partir sur la droite (les amortisseurs n’étaient pas de la même taille, ce qui tordait le bras oscillant — I know, I know, tell me about it…), il a refait le travail sur le câble de l’accélérateur en le soudant à la taille parfaite et il a nettoyé le carburateur (qui était d’ailleurs LE problème depuis le début).
Ajoutons à ça deux vidanges, et le tout pour seulement 12,50 $. On reconnaît un bon mécanicien quand on en voit un, for sure !
Les Cardamom Mountains
En faisant le tour par le sud, nous avions dans l’idée d’emprunter la NR10 qui traverse les Cardamom Mountains. S’étendant jusqu’à la Thaïlande, elles sont l’une des dernières régions d’Asie du Sud-est intouchées par l’homme. Même avec le vrombissement de nos motos, on pouvait distinguer le calme absolu qui régnait autour de nous.
On peut y retrouver des éléphants d’Asie, des léopards nébuleux, des ours soleil, des pangolins, des gibbons, et même des crocodiles du Siam dans certaines rivières. C’est une sensation assez folle de se dire que l’on passe à côté de tous ces êtres vivants, tous plus fascinants les uns que les autres.
Phnom 1500
Au cœur des Cardamom Mountains se trouve Phnom 1500, qui, comme son nom l’indique, est un sommet culminant à 1500 m. C’est un endroit encore très préservé du tourisme pour notre plus grand bonheur. Nous avons longuement serpenté dans les lacets avant d’arriver face à un paysage spectaculaire. Il semblait qu’un gigantesque serpent de pierre s’était implanté sur le flanc de la montagne.
À notre grand soulagement, il n’a pas bougé d’un poil alors qu’on dévalait la pente, les cheveux au vent. « Yahoooo ! » criions-nous, incapables de retenir notre enthousiasme face à ce sentiment de liberté immense.
En bas du toboggan se trouvait un joli petit café. Nous avons siroté notre boisson avec comme seule compagnie le miaulement de 4 chatons. Un peu plus et nous en aurions adopté un. Loan imaginait déjà sa petite tête sortir de la poche de sa veste en jean, à 80km/h dans la campagne cambodgienne, poil au vent.
🎶 Veruca (Salt), sale petite peste 🎶
Charlie et la Chocolaterie
Véruca n’a sans doute pas beaucoup apprécié descendre à toute beurzingue sur les écailles du serpent (ou peut-être était-elle vexée du prénom que je lui ai assigné…). Capricieuse qu’elle est, elle ne tarda pas à le faire savoir en bloquant totalement la roue arrière. Encore une fois, dans mon malheur, j’eus de la chance: nous n’étions pas très loin de la ville. Mon prince charmant a sauté sur sa moto pour aller chercher de l’aide.
10 minutes plus tard, il revint accompagné d’un mécanicien qui répara ma roue en deux temps, trois mouvements. Je lui fis tout de même remarquer le métal fondu dans le moyeu (ces pannes enrichissent mon vocabulaire mécanique d’une façon impressionnante). Il affirma que ce n’était rien de grave. Je lui laissai $5 et tout mon optimisme.
Comme si ça ne suffisait pas…
Alors que nous reprenions la route en direction de Battambang, Loan me klaxonna pour m’avertir que ma roue arrière fumait. En seconde, à 20 km/h, nous avons rebroussé les 25 km qui nous séparaient de la ville. Une nouvelle fois, nous avons laissé la moto passer la nuit chez le docteur pour une chirurgie intense.
Le lendemain, l’incroyable mécanicien à qui nous avions affaire avait rectifié la taille des amortisseurs, ce qui avait redressé le bras oscillant et la roue elle-même. Il avait réussi ce que les autres décrétaient trop compliqué. Nous lui avons laissé un pourboire de $2,50, en plus des $7,50 demandés pour la magie qu’il venait d’accomplir.
The last but not the least
L’article semble long ? Imaginez ma semaine… Je suis néanmoins parvenue à un jem’enfoutisme dont je ne me croyais pas capable lorsque mon amortisseur gauche décida de quitter le navire sur la route de Siem Reap. Je n’ai pas réussi à faire taire la légère frustration face à la petite centaine de kilomètres qui nous restait à parcourir avant un long break off the road. 1 000 km à 45 km/h en 8 jours, c’était tout de même un sacré challenge.
Heureusement, nous avons rapidement trouvé de l’aide. Amortisseur soudé, moyeu et rayons changés (enfin !), 12,50 $ encore bien dépensés… et nous sommes repartis en priant pour atteindre notre prochaine destination sans encombre (ce qui fut chose faite, youhou !)
Compilation/preuves à l'appuie/souvenirs de cette semaine éreintante
Isn't it the whole point ?
Dès les premiers kilomètres, j’ai adoré le voyage en moto. Après tout, c’est une liberté folle à laquelle je n’avais encore jamais touché auparavant. Mais il est vrai qu’une telle liberté de mouvement vient avec ses contraintes :
- On ne peut pas rouler sur de trop longues distances sans que la fatigue ne nous rattrape.
- Entre l’assise, la météo et les vibrations, le confort n’est définitivement pas celui d’une voiture.
- Les kilomètres sont parfois monotones, le paysage n’étant pas toujours intéressant, et on ne peut pas se divertir avec de la musique ou en discutant, comme on le faisait dans le Troopy à travers les plaines australiennes interminables.
- Les mécanos des petites villes ne parlent pas un mot d’anglais et il n’y a pas toujours de réseau pour utiliser Google Traduction. Il est alors souvent difficile de comprendre et de se faire comprendre.
- Ce dernier point impact énormément le devenir de la moto qui se retrouve entre les mains d’une personne qui ne connaît rien de son historique ou de ses problèmes actuels.
Malgré tout, je n’aurais pas pu rêver plus belle aventure en imaginant la façon dont allait se dérouler ce voyage en Asie du Sud-Est. Je découvre, j’apprends, j’explore, je me dépasse, j’observe, je savoure, je persévère, je vis. Isn’t the whole point after all ? Je ne cherche pas la perfection ou le confort. Je cherche la vie. Et je crois qu’elle grandit au plus profond de moi dans cette aventure.
Signification émotionnelle
Il faut savoir que je suis une grande adepte de la corrélation entre les maladies et les émotions. Pour rire, je me suis amusée à chercher la signification émotionnelle des problèmes mécaniques de moto :
- Une panne ou un problème mécanique moto symbolise souvent un besoin de ralentir
- La moto représente l’élan, la liberté et le corps ; sa panne indique un arrêt forcé imposé par l’inconscient pour réévaluer une trajectoire
Cela faisait déjà quelques semaines que j’étais dans une frénésie incontrôlable. Je voulais tout voir, tout faire, ne rien louper. C’en devenait fatiguant parce que je voyais bien que mon corps essayait (en vain) de me freiner. Si cette corrélation est vraie et que la vie a dû passer par des pannes mécaniques pour j’écoute mon corps, c’est assez inquiétant…
« Pour l’instant, c’est presque inacceptable pour ton mental de passer à côté de ce que tu avais prévu alors ce qui doit être inacceptable, c’est de passer à côté de ton intérieur, de ton corps, de toi ».
OK, maman, je vais m’écouter désormais.

Quelle aventure ! Je suis fatiguée pour toi à la fin de l’article mais tu es encore pleine de vie !
Les dialogues avec les mécaniciens doivent être folkloriques .
Veruca…lol!
Tu avais du faire quand tu voulais apprendre la mécanique …
Les animaux dangereux vous manquaient-ils?
J’aime les ‘ok maman,je vais m’écouter « !!!
Commentaire proportionnel à l’article !