Nam Trà My

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Des montagnes ! De la verdure ! Des virages ! Adieu routes fastidieuses, terres arides et plaines sempiternelles. Don’t get me wrong, nous avons adoré le Cambodge, mais la saison sèche n’a pas été tendre avec le paysage. Et puis, il est tellement plus agréable de respirer le parfum enivrant des pins plutôt que l’odeur agressive de la poussière.

Xin chào Việt Nam!

Seule Véruca ne semblait pas vraiment apprécier ce changement de décor. Au moindre tronçon un peu cabossé, elle faisait aussitôt sauter sa chaîne, devenue soudain bien trop lâche. Manque de bol : les racines des arbres et l’érosion avaient façonné la route à leur goût, déformant le goudron sans ménagement.

À la quinzième fois en à peine une centaine de kilomètres, Loan avait pris le pli : il remettait la chaîne sur l’engrenage presque plus vite qu’elle n’en avait sauté.

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Finger hearts and braids

Une fois arrivées à l’homestay, nous étions bien décidées à laisser notre fatigue guider nos activités de la soirée. Mais une bande de petits garnements avait d’autres plans pour nous : « Tu as quel âge, oncle ? » (I guess it’s the new “bro”), « C’est ton ami ou ton mari ? », « Tu veux jouer avec moi ? », « Tu peux me prendre en photo avec ta caméra ? »

Les questions fusaient plus vite que Google n’avait le temps de traduire. Ils tentaient alors, tant bien que mal, d’articuler pour se faire comprendre sans avoir recours au traducteur, mais ils ne récoltaient en retour que deux paires d’yeux ronds d’incompréhensions.

Il suffisait que Loan s’essaie au vietnamien pour déclencher un fou rire général, dont la signification, elle, était universelle. Ne t’inquiète pas, mon chéri, l’important, c’est de participer…

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Up the hill...

Peut-être est-ce le contraste avec les paysages du Cambodge. Peut-être la découverte d’une nouvelle région, aussi vallonnée que verdoyante. Dans tous les cas, j’étais ravie que le bouton de démarrage de ma moto fonctionne enfin à merveille : je pouvais m’arrêter tous les kilomètres pour prendre des photos sans redouter les cinq minutes de galère pour redémarrer.

Torrents de montagne, rizières en terrasse, jungle sauvage. Dès que nous passions le col d’un sommet, un nouveau monde s’offrait à nous. Parfois, nous coupions le moteur des motos et nous nous laissions descendre, bercés par les sons de la forêt. D’autres fois, nous profitions d’une portion de route lisse pour ouvrir les gaz et nous envoler dans le dévalé qui nous séparait de la prochaine ascension. Des heures durant, nous avons valsé avec les montagnes au fil de leurs virages sinueux.

Motorbiking through the mountains hits different

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and down the valley

Même une fois arrivés à notre point de chute pour les 3 jours suivants, le paysage était tout simplement magique. J’aurais pu rester des heures collée à la fenêtre de notre chambre si les montagnes ne m’avaient pas appelé à les explorer dans leur entièreté. Chaque soir, le soleil disparaissait entre cimes et nuages, inscrivant son art dans le ciel malléable. Il offrait alors l’opportunité au torrent de troquer sa robe bleutée pour une parure écarlate le temps d’un instant.

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Rappelez-vous ce détour d’une petite centaine de kilomètres dans le sud du Cambodge pour piquer une tête dans l’eau salée du Golf de Thaïlande. Eh bien, même si ce n’était définitivement pas la mer, il aura fallu attendre 1 500 kilomètres avant d’assouvir ce désir impétueux de baignade.

Mon amour pour les montagnes, et la nostalgie des nombreuses semaines de vacances passées dans les Alpes du sud, influencent probablement mon jugement, mais c’en était d’autant plus magique. Je préfèrerais toujours la fraicheur revigorante d’un torrent à la triste chaleur de l’océan.

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Entre rizières et jungle

Il y a bien une leçon que j’ai apprise dans ma courte vie: ne jamais se résigner. Ainsi, malgré l’échec de la loop dans la province du Ratanakiri, je nous en ai improvisé une nouvelle, dont le succès restait encore à être prouvé. Spoiler alerte: it was a succesful success!

Au delà des avalanches de rizières ondulant le long des montagnes, des petits villages nichés dans les alpages, ou de la majestueuse cascade s’imposant face aux géants de pierre, le terme « aventure » a pris tout son sens. Nous sommes passés par des chemins aussi escarpés que détériorés, aussi vertigineux que somptueux, aussi ardu qu’inattendu. Seul un espoir aveugle nous laissait croire que cet itinéraire avait une issue. La perspective de devoir rebrousser ces sentiers disloqués devenait, au fil des kilomètres, de plus en plus réelle. But that’s how we like it…

L’incertitude quant au devenir d’une expédition est la définition même de l’aventure à mes yeux. Sortir de sa zone de confort, être hors des sentiers battus, accepter la présence de l’imprévu. C’est dans ces moments impondérables que l’on se sent le plus vivant. 

Cette définition a d’autant plus pris sens lorsque Véruca jugea qu’elle en avait assez fait pour aujourd’hui. Elle cala en pleine montée et refusa de repartir. Le sélecteur de vitesse semblait bloqué en première, tournant dans le vide dès que j’essayais de passer au point mort ou en seconde. Pendant un instant, j’ai eu peur de devoir l’abandonner à son sort.

Heureusement, mon prince charmant n’avait pas dit son dernier mot. Il enfila sa cape de superhéros et poussa la moto de toutes ses forces pendant que je pressais le démarreur. Un soupir de soulagement a accompagné le doux ronronnement du moteur qui reprenait vie. « Ne t’arrête pas jusqu’au prochain village » me hurla Loan alors je m’éloignais dans la montagne, les jambes flageolantes à l’idée de rater une ascension. 

Une fois au village, nous avons dû faire un choix financier (nous n’avions toujours pas compris qu’il fallait toujours prévoir au cas où Véruca faisait des siennes…) : manger et parcourir les 60 km qui nous séparaient de l’homestay à 10 km/h ou remplacer la pédale et poursuivre notre expédition dans les montagnes. Comme nous avions tous les deux plus faim d’aventure que de nourriture, reine Véruca passa en priorité. 

À la vietnamienne

En Asie du Sud-Est, il est très mal vu de se baigner en maillot de bain comme on peut le faire dans nos pays occidentaux. Certains préconisent même d’être prudent, on peut être pris en photo à notre insu. Anyway, ça tombait plutôt bien, car nous n’avions pas nos maillots à porter de mains lorsque nous sommes tombés nez à nez avec cette splendide cascade. Ni une ni deux, nous nous sommes déchaussés et nous avons sauté tout habillé dans l’eau fraiche (une bénédiction sous 40 degrés).

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  • Commentaires de la publication :1 commentaire

Cette publication a un commentaire

  1. Maman

    Tu écris tellement bien Lucine !
    Je voyage avec toi

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