À la fin de notre escapade au Phong Nha-Kẻ Bàng National Park, il était enfin temps de prendre la route vers les frontières laotiennes. Notre plan était de tenter notre chance aux postes de Lao Bao et La Lay. Si, à notre plus grand malheur, aucune des deux ne nous laissait passer, nous avions prévu de rejoindre Da Nang pour y vendre les motos et sauter dans le premier bus en direction du Laos. Nous partions donc pour un long voyage aussi incertain qu’épuisant. À peine avait-il commencé qu’on avait déjà hâte qu’il se termine.
Let’s get it over with!
Lao Bao
À notre départ de Phong Nha, 225 kilomètres nous séparaient de Khe Sanh, la ville la plus proche de la première frontière. Les virages à répétition ne nous permettaient pas de rouler à plus de 35 km/h. Ce n’est qu’après 7 longues heures de route que nous avons enfin atteint notre point de chute pour la nuit. Le lendemain, nous tenterions de passer au Laos.
Les commentaires Google Maps étaient pourtant très clairs : aucun étranger n’aurait réussi à traverser avec une moto vietnamienne depuis des lustres. Et pour cause, le Laos a considérablement durci ses réglementations ces dernières années, notamment parce que beaucoup de motos vietnamiennes finissaient abandonnées sur leur territoire. Au-delà des restrictions d’entrée plus strictes, les autorités demandent également des documents de transit officiels (que nous n’avions pas) ainsi que des motos enregistrées au nom de leurs propriétaires (ce qui n’était pas notre cas).
Mais comme on le dit si bien, qui ne tente rien n’a rien.
Pour mettre toutes les chances de notre côté, nous avons mis un réveil à 6 heures afin d’arriver à la frontière dès l’ouverture. Nous pensions naïvement que les douaniers seraient peut-être plus indulgents s’ils n’avaient pas encore toute une journée de travail dans les pattes. Malheureusement, notre stratégie ne porta pas ses fruits. Dès le premier poste-frontière, on nous renvoya d’où nous venions.
Culpa mía
Bien qu’il nous restait encore une autre frontière à essayer, un tsunami de culpabilité et de regret m’envahit. Nous savions que la décision de ne pas vendre les motos à Hanoi et de tenter de les faire passer au Laos avait de grandes chances de se solder par un échec et une perte de temps. Mais se retrouver réellement face à la situation était une tout autre histoire.
J’étais celle qui avait poussé cette idée en disant : « Nous sommes des aventuriers avant d’être des voyageurs. Alors même si on prend le risque d’avoir fait tout ça pour rien, c’est mille fois plus excitant que de choisir la sécurité, vendre les motos maintenant et prendre un bus. »
Avec la fatigue, Véruca qui dévore son 1 L d’huile en 200 km (oui, c’est nouveau, ça vient de sortir), les kilomètres de la veille et ceux qui nous attendaient pour atteindre l’autre frontière et potentiellement la ville de Da Nang, mon mental prit possession de mon discours intérieur. « Nous aurions dû vendre les motos quand Véruca fonctionnait encore bien et que j’avais la possibilité d’en tirer un bon prix ». « Tout ce qu’on fait c’est se rajouter de la fatigue ». « On perd tellement de temps qu’on aurait pu utiliser pour profiter ». « C’était juste un caprice de vouloir garder les motos ». Anyway, la route jusqu’à la frontière de La Lay n’était pas très fun.
La Lay
Tạm biệt, Việt Nam
En arrivant devant les premiers douaniers, le stress était à son maximum. Persuadée que ça n’allait pas passer (les commentaires Google Maps n’étaient pas bien plus encourageants que ceux de Lao Bao), j’avais fini par me convaincre que ce serait presque mieux ainsi. Véruca semblait être en fin de vie dans tous les cas.
Contre toute attente, les gardes-frontières vietnamiens du premier poste nous firent signe de continuer vers le poste suivant après avoir simplement jeté un coup d’œil à nos passeports pour vérifier que nous avions bien obtenu notre visa laotien au préalable (La Lay est une petite frontière où passent principalement des locaux, et ils ne délivrent pas de visa à l’arrivée.) Nous avons rallumé le moteur de nos motos, le cœur un peu plus léger qu’à notre arrivée. Peut-être avions-nous réellement une chance…
Au second poste, nous avons reçu le tampon de sortie du Vietnam. Une fois apposé sur notre passeport, il annonçait soit la réussite de notre passage… soit le début d’une énorme galère. Nous avions lu dans les commentaires Google Maps que le Laos pouvait très bien refuser l’entrée, même si le Vietnam avait accepté la sortie. Nous avons récupéré nos motos, montré une dernière fois nos passeports à un douanier vietnamien, puis nous nous sommes dirigés vers le Laos, mi-excités, mi-inquiets.
Sabaïdee, Laos
Le premier officier laotien nous accueillit avec un grand sourire en nous demandant seulement si nous avions quelque part où loger. Nous avons pointé du doigt une ville sur la map dont il ne connaissait pas même l’existence avant de repartir avec une excitation grandissante : techniquement, nous étions sur le sol laotien… avec nos motos !!!!
La suite s’enchaîna avec une facilité déconcertante. Le second poste nous apposa le tampon d’entrée au Laos et le troisième vérifia si le travail avait bien été fait.
Et voilà. Nous étions officiellement, légalement, sur le territoire laotien, accompagnés de nos deux fidèles acolytes.
Impossible n'est pas dans notre vocabulaire
Nous ne nous sommes même pas arrêtés immédiatement pour célébrer l’exploit que nous venions d’accomplir. Sans doute avions-nous besoin de quelques kilomètres pour réaliser ce qu’il venait de se passer.
J’étais tellement convaincue que nous allions devoir faire demi-tour jusqu’à Da Nang que je n’avais même pas pris le temps de dire au revoir au Vietnam, après presque 100 jours à explorer et arpenter ses paysages vallonnés. Après tout, tout nous laissait penser que nous allions simplement parcourir des kilomètres pour essuyer des refus. Les seuls voyageurs ayant raconté être passés avec leur moto semblaient avoir dû faire preuve d’une patience infinie, en négociant longuement avec les douaniers (un luxe que nous ne pouvions pas vraiment nous permettre puisque nous n’étions pas en règle).
Le fait que personne n’ait essayé de nous extorquer de l’argent, qu’on ne nous ait demandé aucun document supplémentaire et que nous soyons passés sans avoir à négocier notre entrée relève de la magie. Comme quoi, rien n’est impossible tant qu’on n’a pas essayé !
L'odyssée continue
Une fois la frontière passée, l’odyssée était bien loin d’être terminée. Nous n’avions ni argent ni internet, et il y avait probablement plus de vaches que d’humains sur les routes. Autant dire que nous n’avons pas été surpris lorsque google maps nous a annoncé 3 h 30 de route jusqu’au prochain ATM. Nous avons donc repris la route, aussi motivés que des écoliers un lundi matin.
La vie devait sûrement considérer qu’on n’était pas encore assez fatigués après les 123 kilomètres déjà parcourus à chasser les frontières. Elle nous a alors concocté une route 50 % goudron, 50 % trous/poussière/graviers. Si nous avions le malheur de nous extasier face à une belle portion lisse et praticable, sa jumelle diabolique nous attendait quelques kilomètres plus loin.
2 h 30 de route et seulement 50 km plus tard (oui, c’était interminable), nous avons enfin aperçu un ATM. Nous avons retiré 1 500 000 de KIP sans même savoir ce que ça représentait réellement et nous avons foncé vers le premier homestay venu.
Si vous aviez été une tierce personne dans notre chambre d’hôtel ce soir-là, vous auriez assisté au spectacle de deux larves incapables de bouger, affalées sur un matelas aussi dur que de la pierre, consacrant le peu d’énergie qu’il leur restait à se pâmer devant le succès totalement inattendu de cette journée.
Un truc de fou malade
Depuis ce jour, on ne cesse de réaliser à quel point cette histoire est un truc de fou malade (désolé, je n’ai toujours pas trouvé d’expression littéralement plus acceptable pour décrire ce que je ressens).
Un jour, nous croisons un Italien qui nous raconte avoir tenté sa chance, motivé par le commentaire que nous avions laissé sur Google Maps. Il a aussi réussi à passer, mais seulement après de longues négociations. Un autre, nous prenons un café chez un boulanger français installé à Paksé depuis 15 ans, qui est réellement surpris de la facilité déconcertante avec laquelle nous avons passé cette frontière. Il nous explique que même dix ans plus tôt, il fallait déjà avoir l’estomac bien accroché pour tenter la traversée.
Bref, c’est définitivement un truc de fou malade !!!

Comme quoi Berth peut aussi porter chance !
Non en vrai cette histoire est complètement folle, et la facilité avec laquelle vous avez traversés cette aventure est impressionnante !