Je soupçonne la province de Vang Vieng d’être dotée d’un microclimat émotionnel. Dès nos premiers pas aux portes de cette ville réputée autant pour son ambiance festive (même si inexistante en hors saison) que pour ses paysages à couper le souffle, nos émotions se sont mise à enchaîner des sauts périlleux. Les péripéties se sont succédé, si bien qu’à notre départ, nous étions encore plus fatigués qu’à notre arrivée, malgré nos ambitions de repos bien mérité.
Nam Ngum reservoir
Quelques jours plus tôt, j’ai posté un message sur Facebook pour demander à nos amis motards s’ils n’avaient pas des recommandations hors des sentiers touristiques (ce n’est pas faute d’avoir conclu, moins de deux semaines auparavant, que le off-road au Laos n’était clairement pas fait pour la trempe de Véruca et Butch… but anyway). C’est comme ça que nous avons entendu parler du réservoir de Nam Ngum.
Après avoir fait prendre le train à nos bébés, nous avons alors décidé de leur faire prendre le bateau ! L’idée était de rejoindre Vang Vieng par les eaux pour éviter les 75 km de route restants et pour le kiff, surtout. Une fois arrivés au port de Thalat, nous avons rapidement trouvé un bateau, mais avec le niveau du lac encore très bas, son propriétaire nous proposa de nous déposer quelques kilomètres à l’Est plutôt qu’au Nord.
On a rapidement fait le topo : 1 million de kips (environ 50 euros) pour une traversée d’à peine une heure, il nous resterait toujours 70 km jusqu’à Vang Vieng, mais sur une route cabossée plutôt que sur la nationale 13 goudronnée. Sans parler de la question : comment diable nos deux motos allaient-elles tenir dans un si petit bateau ? Mais comme toujours, l’appel de l’expérimentation a été plus fort, alors nous avons accepté.
À la suite de la poignée de main concluant le marché avec l’armateur, ce dernier nous proposa de descendre les motos au port d’amarrage pendant que son fils partait chercher le bateau, enfin… la barque. Le chemin qui descendait à pic vers le rivage était dans un état pitoyable. Il n’a pas fallu très longtemps à Véruca, qui n’a décidément pas l’air d’aimer être en bon état, pour s’abandonner à la profondeur d’une crevasse et s’étaler de tout son long sur le sol.
Bon, j’ai beau aimer personnifier ma moto, il est vrai que sa grosse carcasse de ferraille est bien trop lourde pour moi, et j’ai énormément de mal à la retenir une fois que je perds l’équilibre, surtout avec le sac accroché à l’arrière. C’est donc avec un guidon tordu, de l’huile moteur et de l’essence en moins, ainsi qu’une belle brûlure imprimée sur ma jambe, que Loan et deux autres hommes l’ont chargée sur l’esquif aux côtés de Butch.
Ce n’est qu’au moment de la décharger que j’ai remarqué que la poignée d’accélération était devenue complètement lâche, rendant son utilisation impossible. Par chance, nous étions amarrés au pied d’un petit village où j’ai pu trouver un « mécano » (le mot est peut-être un peu généreux) qui a déroulé un rouleau entier de scotch autour de la poignée et qui a assommé à grands coups de massue mon repose-pied tordu qui s’était tordu pendant la chute et qui bloquait le sélecteur de vitesse.
Sur le chemin de Vang Vieng, c’était comme si plus je priais pour arriver vite avant que la poignée ne casse à nouveau, plus la route se dégradait. Nous montions et descendions des pentes aussi abruptes que caillouteuses et nous nous enfoncions dans les fins fonds de la campagne laotienne (qui offrait cependant une vue imprenable sur le réservoir !). Autant dire que ce n’était pas le moment pour que Véruca fasse un caprice.
À mon grand soulagement, we made it to Vang Vieng ! Éreintés, mais avec de merveilleux nouveaux souvenirs plein la tête. L’image de nos deux petites motos serrées dans une chaloupe tanguant au moindre mouvement restera une core memory.
Vang Vieng vu du ciel
Notre arrivée à Vang Vieng signifiait « offrir à Loan son cadeau d’anniversaire en attente depuis bientôt 3 mois ». Autant dire que j’étais au summum de l’enthousiasme.
J’aurais voulu garder la surprise jusqu’au dernier moment, mais je n’ai visiblement pas été assez attentive pour détecter le logo de la compagnie inscrit sur le bus venu nous chercher et cacher les yeux de Loan. « PARAMOTEUR » était écrit en toutes lettres sur la porte du conducteur. Était-ce vraiment nécessaire… ?
Heureusement, la magie de voler au-dessus des majestueuses montagnes laotiennes a rapidement effacé la petite déception. Dès l’instant où j’ai aperçu le sourire grandissant sur le visage de mon amoureux, je savais que c’est tout ce dont je désirai.









Nous n’avons pas pu nous empêcher d’échanger nos frustrations quant aux 15 minutes de vol bien trop rapides et à l’absence de looping dans les airs (bien que, d’après mes recherches, ce soit une pratique extrêmement risquée en paramoteur).
Mais nous avons passé le reste de la soirée à nous égosiller devant la beauté des paysages et le bonheur d’avoir pu voler comme des oiseaux, une nouvelle fois. Soudainement, l’idée de passer notre brevet de parapente semblait presque devenir une envie irrépressible.
Le sac à dos rouge
Après quelques jours reset (machine à laver, mécano [as always] et grâce mat), nous étions prêts à reprendre la route vers de nouveaux horizons. Je vous laisse facilement imaginer notre déception lorsque, quelques heures plus tard, nous sommes revenus à l’hostel en demandant à récupérer notre chambre…
Pour remettre le contexte, nous avions décidé de laisser nos gros, énormes, que dis-je… gigantesques sacs à dos à l’hostel où nous logions. Nous partions pour une boucle qui devait nous ramener à Vang Vieng dans tous les cas, alors autant voyager léger. Nous sommes donc partis avec uniquement le nécessaire (qui paraît ridicule comparé aux sacs colossaux que l’on se trimballe habituellement).
Nous roulions depuis une trentaine de minutes lorsque je me suis arrêtée pour boire de l’eau. C’est à ce moment-là que Loan s’est rendu compte que son sac à dos n’était plus accroché à sa moto. Il avait dû tomber quelque part sur les 15 kilomètres qui nous séparaient de la ville. Drone, AirPods, tablette, enceinte, argent liquide… Bref, panique à bord.
Nous avons immédiatement fait demi-tour, mais il semblait évident que quelqu’un s’en était déjà emparé. Après tout, c’était un sacré jackpot.
Une fois de retour en ville, Loan a rebroussé le chemin pendant que je me suis dirigée vers un café pour brancher son téléphone (qui, évidemment, n’a jamais de batterie) afin d’essayer de localiser ses AirPods. BINGO ! Quelqu’un avait dû ouvrir le boîtier ou passer à proximité avec un iPhone, car la localisation s’était activée à 13 kilomètres de là. J’enfourche ma moto, récupère Loan croisé sur la route et nous fonçons en direction du signal.
Comme nous le craignions, les habitants de la maison où les AirPods étaient localisés niaient avoir vu le sac. Nous savions pertinemment qu’ils mentaient : le téléphone de Loan détectait même le boîtier. Ne pouvant pas faire grand-chose de plus et sachant très bien qu’ils n’allaient pas abandonner un tel butin, je suis allée demander de l’aide à la police. Cette dernière prit la situation avec la légèreté habituelle d’une police locale face à deux étrangers. Ils ont tout de même pris ma déposition avec la lenteur d’un escargot et l’inquiétude d’un chat qui se prélasse au soleil.
Je m’apprêtais finalement à repartir vers « le lieu du crime », accompagnée d’une voiture de police (dont je devais payer l’essence), lorsqu’un policier s’est adressé à moi avec un anglais approximatif pour m’informer que le sac à dos avait été retrouvé. Quelques secondes plus tard, Loan m’appelait pour me confirmer la nouvelle.
Une fois au café, il me raconta la suite de l’histoire.
Une dame, touchée par sa situation, a décidé d’appeler le chef du village. Ce dernier a retrouvé le sac dans une maison bien plus éloignée de l’endroit où les AirPods étaient localisés, puis a demandé à Loan 1 million de kips pour l’aide qu’il lui a apportée.
Il va sans dire que le chef a probablement usé de son pouvoir de persuasion en promettant aux voleurs une part de la somme qu’il demanderait et que le sac a été déplacé pour que le visage des vrais coupables ne soit pas dévoilé au grand jour. Mais Loan était tellement soulagé d’avoir retrouvé son sac intact qu’il était prêt à offrir les quelques billets qu’il contenait.
La chasse au sac à dos aura duré quatre bonnes heures. Entre stress, négociations, espoirs et aller-retours, nous n’avons pas demandé notre reste et nous nous sommes affalés dans le lit que nous avions quitté le matin même. L’aventure attendra !
