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Un de perdu, dix de retrouver

J’ai expérimenté pas mal de différents milieux professionnels avant d’arriver dans les mines. Et certains d’entre eux ont été un joli désastre. 

C’était ce que je décrirais comme des « jobs de production ». Chaque employé n’était qu’un numéro utilisé pour faire du chiffre. 

Ce traitement inhumain et irrespectueux me laissait un goût amer dans la bouche qui m’empêchait de me donner à fond. Ça m’a longtemps laissée penser que j’étais flemmarde et paresseuse quand il en venait au travail. Quelque part, je m’en voulais. Et si toutes mes expériences professionnelles en Australie serait continuellement ainsi ? Et si allait au travail restait une corvée toute ma vie ? Et si je ne devenais jamais a good asset to a team ?

D‘un autre côté, je ne voulais pas offrir mon énergie si on ne me rendait pas la pareille. Je ne voulais pas me plier à des règles débiles si on ne me donnait pas une explication acceptable. Je ne voulais pas accepter l’irrespect pour la simple et bonne raison qu’ils pouvaient trouver des employés à foison. 

Certains me penseront petite princesse et pourtant, je ne pense pas qu’accepter le dédain d’un patron se pensant supérieur est une preuve de force intérieure ou de courage incroyable. 

Cependant, j’ai longtemps subi ce traitement d’infériorité par simple manque de moyens. La vérité étant que j’avais plus besoin d’eux qu’ils n’avaient besoin de moi. Un de perdu, dix de retrouver comme on dit. Cette phrase est bien trop réelle quand il s’agit de « job de backpacker » en Australie.

Take care

Dès les premiers jours dans les mines, j’ai noté une différence énorme avec ce que j’ai pu vivre avant. Bien évidemment, je ne vous cache pas qu’à grande échelle, le general manager reste un basic boss qui joue avec la vie de ses employés comme si c’étaient des pions. Mais ce n’est pas à lui que j’ai à faire so whatever

Mais à petit échelle, la différence était bien réelle. Elle s’est d’abord fait remarquer par de simples phrases telles que « merci pour votre aide aujourd’hui ». I mean, I’m just doing my job… Puis elle s’est accentuée au fil des jours : « prenez soin de vous », « n’hésitez pas à prendre des pauses quand vous en avez besoin », « je vous ai ramené des donuts et des Tim Tams pour vous donner du courage pour cette chaude journée d’été ». 

Ça paraitra anodin pour certains, mais je peux vous assurer que je reviens de loin. Pour vous donner une image, la première entreprise de fruit picking pour laquelle j’ai travaillé m’a viré parce que j’ai pris 10min de « pause » en allant changer l’eau bouillante de ma gourde. Il m’aurait fallu comprendre que mon patron n’avait pas le choix d’accepter ma requête au cas où il m’arrive quelque chose à cause de la déshydratation mais que je n’aurais pas dû y aller pour autant.

No stress

Le second point qui, je trouve, fait toute la différence : pouvoir prendre son temps. Comme je vous l’ai expliqué dans l’article précédent, la devise de mon chef c’est « slow is smooth, smooth is fast ». Même quand les choses pressent, il nous incite à prendre le temps de prendre soin de nous. « Rien n’est assez important pour mettre votre santé et votre sécurité en péril », répète-t-il. « We can acheive only what we can acheive. »

Je trouve cette façon d’aborder le travail libérateur de tous stress et de toutes pressions. Je ne me suis jamais sentie submergée par le travail ou épuisée mentalement après une journée bien remplie. Je pense que l’on passe bien trop de temps au travail pour que ce dernier soit source d’angoisse. 

Ask

Le troisième point important c’est la patience dans l’apprentissage. Entrant dans un monde qui m’est inconnu, découvrant un tout nouveau vocabulaire qui plus est dans une langue étrangère, je ne comprenais pas toujours ce qu’on attendait de moi. Au début, je n’osais pas demander. Je me disais que j’allais finir par saisir l’idée de la tâche. Par la suite, j’ai compris que ce fonctionnement venait de mes anciens jobs où je devais comprendre tout, tout de suite et, où, poser des questions n’était pas une option. Ça a d’ailleurs était la cause de mon deuxième licenciement : j’aurais dû avoir la capacité de comprendre sans demander.  

« Aucune question n’est débile. N’ayez pas peur de demander. N’ayez pas peur de ne pas savoir ». Cette phrase m’a allégé d’une pression immense. Chacun de mes collègues a alors pris le temps de m’expliquer, de m’apprendre, de me guider. Maintenant, c’est à mon tour de partager mon expérience et mon savoir aux nouveaux arrivants. 

Participer à l'évolution

Le dernier point que j’aimerais soulever est le fait que chaque employé est écouté. Tous les matins, nous faisons un team meeting où les managers nous incite à partager nos idées afin de faire évoluer la warehouse.

Par exemple, Brad, un mes collègues a fait remarquer aux managers que la warehouse aurait besoin de réorganisation afin que notre lieu de travail soit plus agréable. À la suite de son idée, un projet a été lancé dont il a été nommé manager. J’ai trouvé ça fou la façon dont son idée et son observation a été écouter jusqu’à être transformé en un projet concret. 

J’ai alors remarqué qu’il était important pour moi d’être dans un job où, même si je n’en suis pas la boss, je peux faire évoluer l’entreprise par de simples idées qui me traversent l’esprit. Un job où mes remarques sur un dysfonctionnement potentiel ne sont pas réprimandées, mais accueillies. 

La reconnaissance

Avec du recul, j’ai noté un changement de comportement radical quant à ma façon de travailler. Je n’ai plus la flemme. Je veux faire les choses bien. Je me donne à 100 %. Et je pense que toute la différence se trouve dans la reconnaissance de mes chefs quant à mon travail. Ils remarquent, ils notent, ils félicitent. J’accède alors à une autonomie et une confiance de leur part qui me donne envie d’y aller encore plus à fond. Après tout, qui échangerait un « bon travail, tu vas finir employé du mois si tu continues ainsi ! » contre un « fais gaffe à toi, il m’en faut peu pour te remplacer ». 

Je me retrouve à même demander à faire de l’overtime tant j’apprécie aller au travail chaque matin. J’apprends, j’évolue, je m’améliore. Et j’adore ça.

Même si je sais que dans la finalité, je ne ferai pas une grande différence aux yeux du patron de la mine, pour qui je resterai un pion dans son immense société, je suis heureuse de pouvoir faire une différence à l’échelle de ce petit écosystème qu’est la warehouse.  

Au bout du compte, une relation professionnelle devrait avoir les mêmes bases qu’une relation amicale ou amoureuse : tu me donnes, je te donne ; tu m’écoutes, je t’écoute ; tu me respectes, je te respecte. Patron ou employé, les relations professionnelles restent avant tout des relations humaines et elles ne devraient pas être réduites à des jeux de pouvoir.

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