Entre deux îles

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Entre nos deux passages à Koh Ta Kiev, nous nous sommes plongés dans l’histoire sombre du Cambodge. Kampot ne nous a certainement pas laissés indifférents. Après cette escapade à travers le temps, nous sommes partis à la recherche de soleil et de bonne humeur sur les îles de Koh Rong.

Kampot

À peine arrive-t-on à Kampot ou au Bokor National Park que l’histoire tragique de la région s’impose à nous. Sans même le vouloir, on croit presque ressentir la présence de chaque âme dont la vie fut sacrifiée sur l’autel de la soif de pouvoir et de la folie idéologique.

La colonisation française

Kampot a tenu à plusieurs reprises une place fondamentale dans l’histoire du Cambodge. À la fin du XIXe siècle, elle devient une ville stratégique du gouvernement français. Port international, centre agricole et administratif, on y retrouve encore aujourd’hui de nombreux bâtiments qui nous ramènent straight to l’époque coloniale. C’est peut-être d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles elle attire tant de digital nomads. Il peut être réconfortant de retrouver des bouts de chez soi, même à l’autre bout du monde, I guess

Malgré tout, je me demande qui souhaite poser valises ici lorsqu’on fait face à Bokor Hill Station. Cette immense station climatique commanditée par les Français fut construite par une main-d’œuvre khmère risquant chaque jour sa vie pour qu’elle voie le jour. Ce bâtiment incarne le gouffre entre une élite coloniale bâtissant un luxe perdu au milieu de la jungle pour échapper à la chaleur accablante, et la pauvreté des populations locales demeurant en plaine.

C’est également à cette époque que le poivre de Kampot s’est forgé la réputation qu’on lui connaît aujourd’hui. Considéré comme l’un des meilleurs au monde, il était exporté à l’international via le port de Kampot.

La guerre civile des khmers rouges

En 1970, vingt ans après l’indépendance du Cambodge, une guerre civile éclate. Les Khmers rouges, dirigés par Pol Pot, gagnent progressivement du terrain jusqu’à prendre le pouvoir en 1975. Son projet : créer une société agraire « pure », sans villes, sans argent, sans religion, sans élites intellectuelles. Résultat : évacuation forcée des villes, camps de travail, exécutions massives et famine organisée pendant quatre longues années.

En 1979, le régime khmer rouge est renversé « grâce » à l’intervention vietnamienne. Cette dernière est une réponse à la fois aux attaques répétées des troupes de Pol Pot contre le Vietnam et à une stratégie visant à installer un gouvernement allié à Phnom Penh afin d’étendre son influence sur l’Indochine. Le régime de la People’s Republic of Kampuchea est alors instauré. Le génocide prend fin et le pays amorce une reconstruction difficile, mais la forte dépendance envers le Vietnam et le système à parti unique garde l’idée d’une démocratie libérale toujours inatteignable.

Malgré la chute de leur régime, les Khmers rouges poursuivent la guérilla. Ils se replient vers la frontière thaïlandaise et dans les montagnes de Bokor, près de Kampot, qu’ils utilisent comme base jusqu’au milieu des années 1990. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que Kampot connaît une véritable opportunité de reconstruction. 

Bokor National Park

Nous nous sommes longuement baladés en scooter dans les paysages montagneux de Bokor. À chaque kilomètre, nous plongions un peu plus dans l’histoire de cette région. Une brume épaisse s’est invitée tandis que nous déambulions entre les anciens bâtiments coloniaux abandonnés et les ruines délabrées. Avions-nous fait un voyage dans le temps ? Ce sentiment oppressant faisait-il, lui aussi, partie de l’expérience ?

Plus nous gravissions la montagne, plus le froid pénétrait nos poumons. Passer de 30 degrés à 10 en quelques virages était kind of inattendu. Et pourtant, cette atmosphère rendait l’expérience vivante. Flippante, mais réellement vivante. C’était comme si les murs de ces vieilles bâtisse avaient conservé l’écho de l’arrogance des colons français face au peuple cambodgien. C’était comme si l’on pouvait encore ressentir la terreur qui avait régné ici pendant des années sous l’influence des Khmers rouges.

À peine arrivés au sommet, après une heure et demie de route, notre seule envie était de nous téléporter en bas. L’environnement était oppressant, angoissant, suffocant.

De retour en ville, nous nous sentions drainés de toute énergie. It was one hell of a journey

bokor national park
bokor national park
bokor national park
bokor national park

Kep

Aussi appelée la Côte d’Azur cambodgienne, Kep était une station balnéaire de luxe prisée par l’élite coloniale et cambodgienne.

Aujourd’hui, on y trouve une population beaucoup plus diversifiée, allant de pêcheurs locaux à des expatriés ou à des Cambodgiens aisés.

Aujourd’hui, on s’y rend notamment pour déguster son fameux crabe au poivre au Crab Market. Les crabes sont gardés vivants et exposés sous des petits stands. On choisit le sien, il est emmené en cuisine, et dix minutes plus tard, on le retrouve cuit et généreusement poivré dans une assiette. Easy as that.

Même si, pour quelqu’un d’un peu trop sensible à la condition animale, il n’est pas si simple de voir ces crabes et ces poissons croupissants dans de petits aquariums, en attendant que leur heure vienne…

crab amok

Amok crab

crabe au poivre

Crabe au poivre de Kampot

Koh Rong

L’île de Koh Rong est souvent décrite comme un incontournable du Cambodge. Je ne nierai pas la beauté de ses plages ni la pureté évidente de l’océan. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’avoir ce sentiment d’admirer un mensonge. L’île semble déconnectée de la réalité locale. Restaurants mexicains ou italiens, hôtels de luxe, bars, dansants et boîtes de nuit… Comme Phu Quoc, c’est une île créée pour les touristes.

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les Occidentaux demandent au Cambodge ou même au Vietnam d’être semblable à ce qu’ils connaissent. Pourquoi vouloir y retrouver les mêmes codes, les mêmes saveurs, les mêmes repères rassurants ? Pourquoi ne pas essayer d’aller à la rencontre de ce que ces pays sont, sans essayer de les changer ou de leur demander de mettre un masque occidental pour ne pas avoir le sentiment de trop s’aventurer dans l’inconnu tout en donnant l’impression de le faire ?

Voyager ce n’est pas seulement prendre un avion et changer de coordonnée GPS. Ce n’est pas collectionner des albums de photos instagramables. C’est rencontrer la culture d’où d’un pays, c’est apprivoiser un inconnu parfois déroutant, c’est découvrir quelque chose de différent. Isn’t it the whole point ?

koh rong
koh rong

Seul un joli village de pêcheurs sortait du lot. Il transpirait l’authenticité avec ses bateaux colorés, ses rues en pagaille et ses petits restaurants locaux où l’on entendait davantage le khmer que l’anglais. Un bras de mer le traversait, lui offrant presque le bénéfice du doute quant à son appartenance à cette île si artificielle.

Koh Rong Sanloem

30 minutes de bateau plus tard, nous débarquions sur la petite sœur de Koh Kong: Koh Rong Sanloem. Deux options s’offraient à nous pour le logement : un village de pêcheur faussement authentique mais paraissant un poil plus genuine que la seconde option, qui était incarnée par d’immenses hôtels de luxe. Au-delà de l’aspect financier, aussi concret fût-il (lol), la réponse allait de soi !

Koh Rong Sanloem
Koh Rong Sanloem
Koh Rong Sanloem
Koh Rong Sanloem
Koh Rong Sanloem
Koh Rong Sanloem

Koh Rong Sanloem nous a offert le délicieux goût d’une randonnée sous le soleil de midi avec pour seule protection, un vieux chapeau de paille à 5 dollars. Nous nous étions mis en tête de rejoindre une plage en coupant l’ile de l’intérieur au lieu de prendre un taxi-boat.

However, une déforestation a été entreprise ces derniers mois afin de construire une route reliant ces deux parties de l’île. Nous qui pensions faire une jolie randonnée sous la fraîcheur des arbres de la jungle, nous nous sommes retrouvés dans une open-cut hike. En guise de souvenir (et surement pour ne pas oublier notre bêtise de sitôt), Monsieur Soleil nous a gentiment incrustées dans la peau, les marques des sangles du drone et de l’appareil photo…

Malgré notre volonté de poursuivre notre périple jusqu’aux deux plages suivantes, la chaleur accablante a eu raison de nous et c’est sur un transat, mango smoothie dans une main, bol de frites dans l’autre, que nous avons patiemment attendu qu’un taxi-boat nous ramène au bercail. Ahhhh, les aventuriers de nos jours, c’est plus ce que c’était !

  • Commentaires de la publication :1 commentaire

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  1. Maman

    Waouh quel article ! J’ai adoré ! Et quelle écriture !

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