Je reçois

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Dire au revoir aux gens que j’aime a toujours été une épreuve pour moi. Enfin, j’imagine que ça l’est pour tout le monde, mais j’ai l’impression de vivre les choses quelque peu différemment. Je commence à stresser et à appréhender une semaine avant. Je serre les dents jusqu’à ce que les au revoir soient passés. Je voudrais parfois disparaitre de la surface de la Terre et revenir lorsque le redouté moment est passé. Je me suis longtemps demandé ce qui pouvait entrainer ce sentiment d’inconfort en moi. De plus, ce ne sont jamais des adieux, seulement des see you later. Alors que signifie cette angoisse oppressante me picotant la gorge ?

Le recevoir

J’ai travaillé plusieurs fois sur ce sentiment avec ma maman. Rien de très pertinent n’en était ressorti, jusqu’à ce qu’un jour, elle me dise : « tu n’arrives pas à recevoir ». Il m’a fallu plus d’explications pour faire le lien. « Lors des au revoir, tu ressens dans la tristesse des gens tout l’amour qu’ils ont pour toi. L’expression de leur affection est multipliée. Le fait que tu n’arrives pas à recevoir tout l’amour qu’ils t’envoient à ce moment-là te fait paniquer et te plonge dans un profond malaise. »

Je me suis alors rendu compte que j’avais une forte incapacité à recevoir en règle générale. Que ce soit une question d’amour, de compliments ou même d’aide. Je me sens automatiquement redevable face à la gentillesse des gens. 

Bryce

Comme la vie est bien faite (ou pas, lol), une situation me mettant face à ma problématique s’est présentée peu de temps après. Alors que je cherchais à vendre ma voiture, un Français m’a contacté. Il était très intéressé par la voiture et très vite, il prit son billet de bus de Sydney pour venir jusqu’à Cobar (une aubaine à ne pas rater). Prise de cours, je pris rapidement un rendez-vous au garage pour lui prouver qu’il n’y a pas de failles mécaniques. Confiante, j’ai déposé mon 4×4 le jour où Thibault, le potentiel acheteur, arrivait. Malheureusement, les mécaniciens, bien plus professionnels qu’il ne l’aurait fallu, ont remarqué différents problèmes par-ci par-là. La voiture, ayant plus de 20 ans, présentait plusieurs pièces usées à changer. La liste affichait une dizaine de problèmes, dont trois surlignés comme important. 

Le soir, Thibault est venu « visiter » le Pajero. Pressé de prendre la route, il accepte d’acheter si je fais changer les roulements (aka le problème le plus alarmant) afin qu’il puisse hit the road quickly and safely. Nous étions mercredi 18 h. Ça me laissait 2 jours pour trouver un garage qui 1. avait de la place, 2. qui avait la pièce pour la voiture. I mean…

J’en parle à Bryce en rentrant à la maison. Le lendemain, il passa sa matinée à se démener pour trouver une solution. Mission successful ! J’avais rendez-vous vendredi matin, 8 h. Un soulagement immense s’est emparé de moi et puis il s’est dissipé, laissant place à un drôle de malaise. Je pris conscience du rôle indispensable que Bryce venait de jouer. Sans lui, la requête de Thibault était mission impossible. L’idée que quelqu’un ait donné de son temps et de son énergie pour m’aider me remplit d’une affreuse culpabilité. Les mercis lancés dès que j’en ai l’occasion ne me paraissent pas suffisants pour exprimer ma reconnaissance infinie. Comment pourrais-je lui rendre la pareille ? 

Chacun son tour

Dû à cette gêne incontrôlable que je ressens lorsque l’on me rend service, j’ai une forte tendance à essayer de tout faire de moi-même. Avec du recul, ça peut paraitre un peu arrogant de penser que l’on n’a jamais besoin des autres. D’un autre côté, ça me pousse à être très créative en termes de possibilité d’accomplissement face aux situations que je rencontre. C’est à double tranchant, I guess

Néanmoins, je commence à me mettre dans la tête que même si je n’ai pas la possibilité de centrer la balance à l’instant T, j’aurais toujours une occasion pour égaliser dans l’avenir. Il m’arrive d’avoir besoin des autres, mais heureusement, ils leur arrivent d’avoir besoin de moi, aussi. 

Everything is about balance

J’ai toujours préféré donner que recevoir. Mais je sens que j’arrive à un tournant où la vie me force à trouver un juste milieu. Parce qu’il est important de donner autant qu’il est important de recevoir. Donner trop de soi sans accepter une part de l’autre en retour casse l’harmonie d’une relation au même titre que prendre trop des autres sans offrir de nous crée une injustice. Tout est une question d’équilibre. 

Petit à petit, j’apprends. J’arrête de pouffer « n’importe quoi, pff » lorsqu’on me fait un compliment. J’essaie de ne plus me sentir coupable lorsque quelqu’un me rend service. Je tente (encore désespérément, je dois bien l’avouer), de recevoir avec joie, l’amour que l’on m’envoie alors qu’un torrent de larmes coule le long des joues rosit par l’émotion. But, step by step, we’re getting there.

  • Commentaires de la publication :2 commentaires

Cet article a 2 commentaires

  1. Maman

    Bravo Lucine pour tous ces progrès et Merci pour cet article !!

  2. Edith

    Coucou Lucine,
    C est avec plaisir que je te suis au travers de tes récits depuis le début .
    Non seulement ils nous font voyager mais ils nous amène à la réflexion .
    J adoooooorrre !!!!
    Que du bonheur de te lire !!!!
    À très vite pour un prochain article
    Bonne continuation
    Edith

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