4 mois à CSA mines. 4 mois que je vois les mining people descendre dans l’antre de la terre et en remonter 12 heures plus tard, sans savoir ce qu’il s’y est passé. 4 mois que ma curiosité me ronge dès que je passe devant l’entrée du declin. 4 mois, et pourtant, il m’a fallu attendre le dernier jour avant d’enfin voyager dans les profondeurs de notre planète.
Bon à savoir
self-rescuer : c’est un appareil générant 30 min d’oxygène. Il est utilisé en cas de fuite de gaz sous terre
mesh : c’est une sorte de grillage utilisé pour maintenir la terre après que les drillers aient creusé.
CSA mines sont les mines les plus profondes d’Australie, atteignant aujourd’hui 1,9 km.

The mesh

The self-rescuer
À la dernière minute
Depuis mon premier jour dans les mines, mon rêve ultime était d’aller voir ce qui se passait sous mes pieds. Bien sûr, l’impressionnante infrastructure à la surface ne me laissait pas indifférente et le site en lui-même était une découverte inlassable. Mais que se passait-il, là où le soleil ne pouvait glisser ses rayons de lumière ?
J’ai longtemps demandé à ce qu’on m’y emmène. Chaque discussion avec mes collègues était une nouvelle opportunité pour faire passer mon message. Malheureusement, le monde sous terre est un environnement très instable et capricieux. Les employés y travaillant sont soumis à une formation tous les 6 mois afin d’être à jour sur les potentiels dangers. Pour cette raison, un trip underground requiert des autorisations et de la paperasse à ne plus en finir. But guess what ? I made it through !
Alors que j’entamais ma dernière journée en tant qu’employé de CSA mines, un collègue de la safety frappa à la porte de la warehouse : « Lucine, attrape ton casque et 5 litres d’eau. Nous partons en expédition sous terre ». Ni une ni deux, j’ai enfilé des bottes de pluie, accroché le self-rescuer à ma ceinture et glissé la massive lampe torche sur mon casque. Après seulement 3 heures underground, je me suis demandé comment les mineurs supporter ça toute la journée. De la lampe sur le casque à la boue s’accrochant aux bottes de pluie, j’avais du mal à me porter !

The declin
Le declin est une interminable route sous-terrain de 17 km descendant à presque 2 km de profondeur. Cependant, il n’a jamais été désigné pour être une route (et je peux vous assurer que le dos en paye le prix !). Jusqu’en 1995, les mineurs utilisaient une cage pour aller sous terre. Elle descend à ce qui est aujourd’hui appelé le 9 level. C’est arrivé à ce niveau qu’ils ont décidé de cesser de s’étendre sur la largeur et de commencer à creuser dans la profondeur. Ils ont alors transformé les tunnels minés en passage pour le trafic. Ainsi, ils ont pu faire rentrer de plus grosses machines pour plus de production et de rendement.
Through the decline
On m’a dit qu’il y avait deux réactions potentielles lors d’un premier voyage sous la terre. La première est la panique. Alors que le ute passe l’étroite entrée du declin et que l’obscurité prend place, le cœur commence à s’accélérer. La voiture offre de l’air frais, mais si on sortait dans le tunnel, on ne saurait pas dire si les gouttes de sueur sur notre front sont dues à l’accablante chaleur ou à l’effroyable idée d’avoir des centaines de mètres de terre au-dessus de la tête. Moteur coupé, langue scellée, on entend la terre se mouvoir dans de curieux bruits. Puis le silence revient accompagner cette profonde obscurité.
La deuxième réaction est l’émerveillement. Les yeux pétillants, on observe chaque parcelle de ce monde inédit. Les murs de terre et de roche, les centaines de passages creusés de haut en bas, les numéros défilant sur les parois nous indiquant à quelle profondeur on se trouve. On boit les anecdotes que l’on nous raconte pendant les 17km de descente vers le cœur de l’Australie. Chaque millimètre de ces tunnels semble avoir son histoire à raconter et on est impatient de l’écouter. L’obscurité qui nous entoure est agréable et reposante. Elle permet aux paroles de la terre d’être écoutées plus attentivement. Sans vue, l’ouïe devient bien plus fine.



Hazard alert
Alors que l’on était sur le point d’atteindre le 11 level, un conducteur de jumbo nous arrête. Il a remarqué qu’une partie du plafond commençait à s’effondrer, n’étant plus soutenu par la mesh. De mon point de vue, le danger paraissait ridicule. Mais dans un environnement aussi hostile, rien n’est pris à la légère. Alors, la safety a rapatrié tous les miniers du 11 level avant d’échafauder un plan d’exécution.
C’en s’est suivi d’une ribambelle d’experts : des plombiers pour couper les arrivées d’eau et d’air dans les conduits, des IT driver sécurisant le danger avant l’arrivée du jumbo operator qui vissera la nouvelle mesh au plafond, des ingénieures indiquant au jumbo l’endroit idéal où enfoncer les énormes visses de 3 mètres.
La façon dont la situation a été gérée m’a laissé penser que c’était la première fois que ça arrivait. Pourtant, ça arrive plusieurs fois par semaine. La terre étant en mouvement constant, la structure des tunnels est instable. Pour cela, les mineurs travaillant sous terre se doivent de toujours garder un œil ouvert afin de ne pas manquer un réajustement à faire.


La warehouse
Ne pouvant pas poursuivre notre route dans les entrailles de la Terre, on m’a fait visiter le 9 level. Le premier stop s’est fait à la warehouse. Travaillant dans celle à la surface, j’ai été sidéré de l’état de celle d’underground. Aucune organisation, des forklift datant de la naissance de Jésus Christ, ouvert à tout public sans aucune sécurité. L’environnement ne donne tellement pas envie d’y travailler que personne n’ose prendre le job de underground warehouse officer.




Le workshop
Nous nous sommes ensuite arrêtés au workshop, où les réparations des machines sont faites. Mon collègue m’a proposé de monter dans un bugger. Cette machine est utilisée pour mettre la terre et le cuivre drillés dans la benne des camions. Elle a la particularité de se conduire de travers. Le tableau de bord se trouve du côté droit et le conducteur tourne la tête du côté gauche pour travailler. Ça permet d’optimiser la place dans la cabine et par extension, de réduire la taille de la machine.
J’ai aussi pu observé de plus près le water truck qui passe ses journées à humidifier les tunnels pour que la terre reste nice and soft et différents types de IT dont je ne pourrais expliquer l’utilité.



Le jumbo
Last stop: le jumbo. C’est sans aucun doute la machine la plus impressionnante. Elle a trois bras ayant chacun un job précis à accomplir. Son premier bras creuse dans la terre, son second installe la mesh et son troisième visse cette dernière. Il serait apparemment plus difficile de piloter un jumbo qu’un avion. Ce n’est pas pour rien que c’est le Graal des jobs en mines !


So...
Après 4 mois d’attente, je n’ai pas été déçue. Je ne pouvais m’empêcher d’être émerveillée par tout ce qui m’entourait, même de simples murs des murs de terre. Mais ce que j’ai le plus aimé, c’est la profondeur de l’obscurité. « There is nothing darker than the obscurity underground » m’avait affirmé mon boss. Il avait bien raison. Et j’ai adoré ce sentiment. Perdre mes sens dans l’opacité souterraine. I mean, woah…

Peut-être que mon prochain job en mines m’offrira plus de profondeur, qui sait :)). En attendant, je fais mes au revoir à CSA mines, remplie de reconnaissance et de souvenirs.
Tu m’as plongé dans l’antre de la terre, Lucine !! J’adore ! Merci !!
C’est passionnant