Hà Giang loop

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La Hà Giang loop est une boucle mythique dans le nord du Vietnam. 400 km de virages ondoyant entre des montagnes karstiques, une sensation de liberté inouïe à 100 km/h sur la moto d’une personne rencontrée quelques heures plus tôt. Ces 4 jours de road trip accompagnés de 11 inconnus (qui deviendront vite des amis) resteront ancrés à jamais dans les archives de mon âme.

Ngày 1

Lazy Cat homestay

Au petit matin, nous nous sommes tous réunis au Lazy Cat Homestay. Nous étions une petite quinzaine, ce qui faisait notamment partie des raisons ayant motivé mon choix pour cette compagnie. Une fois nos signatures apposées sur un contrat entre nous et notre easy rider, la manager a appelé les participants au compte-gouttes pour qu’ils rejoignent leur futur partner in crime.

Les easy riders sont des chauffeurs locaux qui emmènent les voyageurs à moto sur les routes de la Hà Giang loop. On confie en quelque sorte notre vie entre les mains d’un parfait inconnu, mais le jeu en vaut la chandelle. Mon regard pouvait enfin se perdre dans les paysages majestueux, mes bras se lever vers le ciel pour extérioriser ce sentiment de liberté qui traversait mon corps, mon attention se porter sur ces paysages merveilleux qui m’entouraient plutôt que sur la route goudronnée.

Don’t get me wrong, j’adore conduire ma moto, mais abandonner toute charge mentale liée à la fatigue de la conduite, aux choix des homestays, des repas ou encore de l’itinéraire à emprunter avait quelque chose de profondément appréciable. Tout ce qu’il me restait à faire était de profiter

jour 1 ha giang loop
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Văn

Les réseaux sociaux montrent souvent un visage de la Hà Giang loop où, si l’on ne crée pas une connexion particulière avec son driver, on a raté une partie de l’expérience.

Pour ma part, je ne me sentais pas forcément à l’aise avec l’idée de forcer une relation avec le mien, sachant qu’il rencontre une nouvelle personne comme moi toutes les semaines. Je ne peux qu’imaginer la fatigue sociale que cela peut représenter : devoir recommencer les mêmes présentations, raconter les mêmes histoires, s’ouvrir à une personne qu’on ne reverra sans doute jamais, créer des liens éphémères, encore et encore.

van

Anyway, je tiens quand même à vous présenter Văn, celui qui m’a accompagnée à travers les montagnes de sa magnifique région pendant 4 jours (on le voit mieux sur les prochaines photos, promis 🤪).

Let the adventure begin

Une fois nos sacs solidement attachés aux motos, nous avons pris la route. Initialement, j’étais partie pour une boucle 3 jours, mais lorsque je me suis rendu compte que mon groupe était composé de moi-même et de 3 Étasuniens meilleurs amis depuis 20 ans, il est devenu évident qu’investir 30 euros de plus pour rejoindre le groupe de 4 jours n’allait pas être une erreur.  

Dès les premiers kilomètres de road trip, le décor était splendide, c’était indéniable. Mais je suis intiment persuadée que ce sont les gens qui façonnent une expérience, plus que les paysages ou les activités. L’aventure a alors réellement commencé lorsque j’ai rejoint le second groupe rempli de solo travellers avec qui j’ai réellement pu connecté. 

jour 1 ha giang loop
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Ngày 2

Đá Cầu

Quand nous ne sillonnions pas les montagnes karstiques, nous faisions des pauses devant des panoramas toujours plus beaux les uns que les autres, en jouant au Đá Cầu, un cà phê muối à la main.

Ce sport emblématique du Vietnam est un mélange entre le badminton, le volley et le football. Littéralement, Đá Cầu signifie « frapper le volant avec le pied ». Le volant, composé d’une base plus lourde surmontée de plumes, est spécialement conçu pour retomber à la verticale et faciliter les rebonds.

J’avais déjà observé des Vietnamiens jouer à ce sport dans les parcs, et ça ne semblait pas si compliqué. J’ai beaucoup moins fait la maligne une fois au milieu du cercle, à essayer désespérément de viser ce fichu volant avec mon pied. J’ai fini par réussir à le toucher avec la main bien que ce soit la seule partie du corps interdite, oopss…

Sông Nho Quế

Aussi loin que je m’en souvienne, faire ma place dans un groupe a toujours été un sacré challenge. Je me suis souvent sentie de trop et pourtant, jamais assez.

Peut-être était-ce la simplicité et la lergerté qui émanaient de chacun. Peut-être était-ce cette alchimie inexplicable qui nous unissait les uns aux autres. Quoi qu’il en soit, les choses se sont alignées pour que cette expérience que je redoutais tant devienne l’une des plus sensationnelles de mon existence. 

En l’espace de seulement 4 jours, j’ai la sensation d’avoir trouvé le remède à l’appréhension, le stress, la comparaison. J’ai découvert une Lucine puissante, vivante, extravagante. Une Lucine capable de s’intégrer sans craindre le rejet faisant de qui elle est une force plutôt qu’une faiblesse. Et ça, mesdames et messieurs, that’s a big win !

jour 2 ha giang loop
jour 2 ha giang loop
jour 2 ha giang loop

Đồng Văn

Le soir, lorsque nous arrivions aux homestays, nous avions généralement quelques heures pour nous reposer et imprimer tout ce que nous avions vu la journée. À 7h, on sonnait le diner. Il ne commençait pas par une petite salade ou un paquet de chips mais par un bon shot de happy water (liqueur de riz ou de maïs) accompagné de la chanson mythique: 

🎶 Một (un), hai (deux), ba (trois), dô (santé) !
Hai, ba, dô !
Hai, ba, dô, dô, dô !
Hai, ba, uống (bois) ! 🎶

jour 2 ha giang loop
jour 2 ha giang loop

La soirée se poursuivait au rythme de voix s’égosillant dans un micro, les yeux rivés sur un écran où défilaient les paroles d’un énième titre de Justin Bieber ou de Vance Joy.

Au Vietnam, le karaoké est une véritable institution. Amis, collègues, famille se retrouvent régulièrement autour d’une bière et d’un micro après une longue journée de travail. Comme si le stress accumulé au fil de la journée s’évaporait en chantant. « Sing your worries away », comme diraient les anglophones. Méthode testée et approuvée !

Ngày 3

Initialement, je m’étais résignée à ne pas faire la Hà Giang loop. Je n’avais aucun doute quant à la beauté des paysages, mais l’expérience avec un easy rider ne semblait pas vraiment alignée avec mes valeurs. Ce n’étaient que des échos entendus ici et là, mais ils suffisaient à me refroidir : drivers sous-payés, pollution massive, surtourisme, romances incongrues, etc.

Mais Loan ne pouvait toujours pas reprendre la route et, mis à part l’option «rester à ne rien faire pendant une semaine», qui n’était pas envisageable, c’était la seule possibilité qui s’offrait à moi. J’ai donc appelé mes conseillers préférés à la rescousse : mes parents.

« Au-delà du fait qu’il n’est pas possible d’être constamment en accord avec toutes ses valeurs, tu ne sais pas réellement ce qu’il se passe là-bas. Ce ne sont que des récits rapportés. La seule solution, c’est d’aller vérifier par toi-même. »

So I did…

Choisir la bonne compagnie

Le choix de la compagnie s’est avéré primordial pour m’éloigner au plus de ce que je redoutais.

1. Privilégier une compagnie tenue par des Vietnamiens. Le fait que des Occidentaux s’installent dans des pays où le coût de la vie est faible pour y bâtir un commerce destiné principalement aux touristes étrangers me dérange profondément. Il était important pour moi que mon argent bénéficie avant tout aux habitants de la région.

2. M’assurer que les easy riders soient rémunérés à juste valeur. La boucle coûte environ 4 300 000 dôngs pour quatre jours, soit près de 140 euros. C’est une somme conséquente au regard du coût de la vie vietnamienne. Il me paraissait donc essentiel qu’une part significative de cet argent revienne à celles et ceux qui rendent cette expérience possible.

3. Fuir les party companies. J’avais entendu dire que certaines compagnies, réputées pour leur côté festif, attendent de leurs employés qu’ils participent aux soirées afin de divertir les clients. Après des nuits bien arrosées, ils reprennent le guidon, mettant tous ceux qui empreinte la même route qu’eux en grand danger.

Sur-tourisme et pollution

Le surtourisme autant que la pollution sont des réalités. On ne peut pas ignorer le nombre d’étrangers qui parcourent la Hà Giang loop ni les litres d’essence brûlés à travers les montagnes chaque année.

Cette question d’impact ne se limitait toutefois pas à l’environnement. Je ne pouvais m’empêcher de m’interroger sur les conséquences de ma présence, et de celle de milliers d’autres voyageurs venus des quatre coins du monde pour explorer ces sommets montagneux sans se soucier des répercussions sur le quotidien des habitants.

Je ne peux qu’imaginer la fureur de mes parents si leur petit coin de paradis en lisière de forêt devenait soudainement « l’incontournable de la Bourgogne » et que des centaines de motos venaient briser leur paix sans scrupule.

J’ai alors enfilé ma casquette de détective et j’ai posé la question à plusieurs easy riders.

Ils m’ont tous affirmé que le tourisme apportait davantage qu’il ne détruisait. Hà Giang est une région pauvre qui vit principalement de la culture du riz et du maïs. Selon eux, les voyageurs font tourner l’économie locale et créent des opportunités d’emploi qui n’existeraient pas autrement.

Malgré tout, je reste convaincue que le surtourisme transforme inévitablement les lieux qu’il touche. Les commerces, les restaurants et même certains aspects du quotidien s’adaptent peu à peu aux attentes des visiteurs. Les paysages sont aménagés pour devenir accessibles à tous, les expériences sont imaginées pour être inoubliables tout en étant confortables. Petit à petit, ces lieux sont transformés pour que l’on continue à ressentir ce feeling d’aventure sans vraiment quitter nos réalités quotidiennes. Mais à quel prix ?

Romances incongrues

Sur les réseaux sociaux, une tendance assez dérangeante a longtemps circulé : des étrangères partageaient des montages romantiques avec leur driver. Musique douce, regards aguicheurs, légendes ambiguës, Princess treatment

Ce qui me mettait mal à l’aise n’était pas l’idée qu’un lien puisse naître naturellement entre deux personnes. Après tout, les expériences fortes rapprochent. C’était plutôt l’idée qu’une attente implicite puisse s’immiscer dans les relations driver/backpacker. Que les drivers ne soient plus seulement vus comme des chauffeurs, mais comme des gentlemans participant à des jeux de séductions afin d’offrir à leurs clientes (peut-on vraiment prétendre à l’authenticité quand il y a de l’argent en jeu ?) le contenu qui fera le buzz sur TikTok. Qu’ils se sentent obligés d’agir ainsi pour répondre à la demande des touristes afin d’assurer un pourboire à la fin du voyage. Doesn’t sound right

jour 3 ha giang loop
jour 3 ha giang loop
jour 3 ha giang loop

J’ai ressenti l’ampleur de ce mouvement tout au long de la loop. Mon driver accourait dès que je voulais prendre quelque chose dans mon sac à dos. Il posait délicatement le casque sur ma tête ou il me tendait la main pour m’aider à enjamber la moto.

Peut-être étais-je tout simplement méfiante après avoir vu ces dizaines de vidéos de femmes romanisant chacun de ces petits gestes. Quoi qu’il en soit, j’ai rapidement fait comprendre que je n’avais pas besoin de tout ce bling bling. L’idée que mon driver se sente dans l’obligation de devenir un véritable chevalier servant pour répondre à de soi-disant attentes me mettait terriblement mal à l’aise. 

Dốc Chín Khoanh - Le col des neufs virages

Je n’irais pas jusqu’à dire que me lancer dans cette expérience était un risque, mais c’était définitivement un challenge. En y allant, j’ai accepté la possibilité d’être déçue, d’être dégoutée par le comportement de certaine personne vis-à-vis des locaux ou des easy drivers, d’être écœurée par ma décision de participer à quelque chose qui n’est pas en accord de mes valeurs, de ne pas me sentir à ma place. 

Rien n’est tout blanc ou tout noir, as always. Une expérience peut être aussi destructrice que salvatrice. Tout dépend de notre façon de l’aborder et de la consommer. 

jour 3 ha giang loop
jour 3 ha giang loop
jour 3 ha giang loop

Ngày 4

Tắm lá thuốc của - bain traditionnel aux herbes du peuple Dao

Le bain Dao est un mélange de nombreuses plantes médicinales (souvent 20 à plus de 100 espèces) bouillies pendant plusieurs heures avant d’être versées dans un bain chaud. C’est ainsi que nous avons commencé notre matinée. 

Le leader des easy riders nous a expliqué que les daos faisaient régulièrement ça après le travail, un accouchement, une longue marche ou lorsqu’ils se sentaient courbaturés. En tout cas, le faire first thing in the morning n’était définitivement pas l’idée du siècle…

jour 4 ha giang loop
jour 4 ha giang loop

Đèo Cổng Trời

Ce quatrième jour fut composé de quelques kilomètres de moto, de nombreuses pauses et d’une bonne dose de pluie. La météo avait été si clémente les jours précédents que nous avons accueilli ces averses avec le sourire.

Alors que la moto de Văn se penchait délicatement pour épouser les courbes de la montagne, j’ouvrais les bras vers le ciel. Je ne saurais expliquer cette sensation de bien-être qui m’envahissait tandis que la pluie caressait violemment mon visage. Malgré toutes les plaintes qu’elle suscite en France, on ne peut nier la poésie qu’elle confère à certains moments de vie. 

jour 4 ha giang loop
jour 4 ha giang loop
jour 4 ha giang loop

Hà Thành

J’étais sur le point de me laisser gagner par la déception devant l’improductivité apparente de cette dernière journée lorsque nous sommes arrivés à la cascade de Hà Thành. Seuls quelques-uns d’entre nous se sont décidés à braver la tempête et à traverser le torrent pour l’atteindre. L’orage grondait, la pluie ruisselait sur notre peau, nos pieds cherchaient désespérément les pierres adhésives au fond de la rivière. 

L’eau de la cascade était d’une fraîcheur égale à la chaleur du bain matinal, mais leur volupté n’avait définitivement rien de comparable. Je m’y suis jeté, abandonnant mon corps à la merci de ce flux vivifiant. La pluie ne faisait qu’amplifier le sentiment de plénitude qui habitait l’instant.

jour 4 ha giang loop

Cet instant divin s’est tout de même terminé sur une belle entorse au dos (oui oui, ça existe) après avoir tenté un plongeon digne d’une professionnelle (ce que je ne suis pas) du haut de la cascade. Au moins, ce merveilleux moment de vie restera littéralement gravé en moi pendant quelques semaines…

Kết thúc

Ma maman me dit souvent que notre extérieur reflète notre intérieur. Le mien devait alors être lumineux, simple et léger. Il s’est incarné dans les liens intenses que j’ai tissés, dans les discussions profondes, mais spontanées, dans les éclats de rire sincères qui ponctuaient nos journées. Il s’est incarné dans le soleil reprenant ses droits malgré les prévisions de pluie, dans mon driver qui aimait la vitesse autant que moi, dans ce sentiment de liberté qui ne m’a pas quittée une seule seconde.

Je ne peux pas dire que je ressors fière de ma participation à cette expérience. Une partie de moi aura toujours honte d’avoir pris part au surtourisme par souci de curiosité et de plaisir personnel. Cependant, j’ai espoir que le bonheur que j’ai transpiré, l’amour que j’ai dispersé, la vie que j’ai créée se soient profondément ancrés dans tous les endroits où je suis passée. J’ai espoir d’avoir rendu à cette magnifique région ne serait-ce qu’une portion de la joie qu’elle m’a offerte.

Motorbike dump

ha giang loop final
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