La 13N est la route nationale du Laos reliant les 5 villes principales du pays : Paksé, Savannakhet, Vientiane, Vang Vieng et Luang Prabang. Contre toute attente, elle a décroché la médaille de la pire route que j’aie jamais empruntée en Asie. J’ai presque regretté de ne pas avoir investi 1 million de kips dans de nouveaux amortisseurs…
Collines bucoliques et routes déglinguées
De Vang Vieng à Kasi, rien ne nous laissait entrevoir ce qui nous attendait. Il y avait bien quelques nids-de-poule et des portions caillouteuses par-ci par-là, mais nous avons pu profiter pleinement du paysage. Le mot « bucolique » a d’ailleurs pris tout son sens. L’herbe verdoyante n’appelait qu’à être dévorée, les collines champêtres ne demandaient qu’à être parcourues, les pics qui se découpaient dans le ciel n’attendaient que d’être conquis.
Puis la route s’est gâtée. Tantôt nous nous retrouvions dans un nuage de poussière, tantôt face à une pente remplie de cailloux nous faisant perdre l’équilibre. 2 h 30 et 44 km plus tard, nous arrivions à Phou Khoun, épuisés.
Phou Khoun
Phou Khoun est la ville du fameux carrefour. C’était ici que nous devions choisir entre la grande et la petite boucle.
Au départ, j’étais partisane de la grande boucle. Après tout, à ce stade, nous n’étions plus à 5 h 30 et 150 km près, non ? Mais après avoir posté un message sur Facebook à la recherche de conseils, la question fut vite tranchée…
« L’état de la route de l’option 1 est déplorable : il n’y a plus de bitume et les réparations sont faites avec du sable », affirma David.
« Les routes sont toutes en très mauvais état : poussière, pierres et énormes nids-de-poule. Les camions ne cèdent pas le passage et doublent même dans les virages sans visibilité. Malgré quelques frayeurs où j’ai frôlé la mort, j’ai passé un excellent moment », raconta Brian.
« La première option est très éprouvante. La route entre Hiem et NK est la pire que j’aie jamais empruntée ; je ne voudrais pour rien au monde l’emprunter pendant la saison des pluies », ajouta Steven.
Il semblait que l’option 1 n’était plus vraiment une option. Les paysages étaient certes décrits comme « les plus beaux du Laos », mais nous savions pertinemment que nous n’en profiterions pas si nous devions parcourir des centaines de kilomètres sur des graviers, de la glaise et de la poussière. De plus, nos motos n’étaient clairement pas adaptées à ce genre d’environnement extrême, encore moins pendant la saison des pluies.
Option 1
Option 2
C’est alors avec regret que j’ai accepté d’opter pour la seconde option. Ce n’était pas l’idée d’en voir moins qui a éveillé cette déception, j’ai enfin fait la paix avec ça. C’était surtout de savoir que chaque kilomètre qui nous rapprochait de notre destination finale (aka Luang Prabang) nous rapprochait aussi un peu plus du moment où nous allions vendre les motos.
Quelque part, nous avons trouvé notre rythme dans cette aventure. Elle paraissait complètement folle au début, et pourtant, elle est désormais entrée dans notre quotidien. Attacher les sacs au petit matin et les décrocher en arrivant aux guesthouses le soir, faire une vidange tous les 600 km, prendre un café avant d’entamer de longues heures de route, chercher un énième mécano pour réparer Véruca, faire des cœurs avec le bras posé sur la tête quand on est devant l’autre, le sentiment de liberté, le mal de fesses après une longue journée à rouler, le luxe de ne pas se poser de questions au niveau logistique…
Malgré les imprévus, le chaos, la fatigue, les hauts et les bas, c’est devenu notre normalité. Alors peut-être qu’il nous faudra un peu de temps pour faire le deuil de cette incroyable partie de nos vies.
Demi-tour, roule !
Malgré le fait que nous étions toujours sur la 13N, Google maps semblait dire que le chemin le plus rapide pour rejoindre Luang Prabang était de retourner 44 km en arrière (= refaire la pire partie de la route en sens inverse) et faire un détour de 50 km pour emprunter une autre route que de continuer sur la nationale. C’est dire l’état…
Non sans quelques râleries, nous avons donc rebroussé chemin, préférant ne pas découvrir ce qui nous attendait en continuant sur la 13N. Et nous n’avons absolument pas regretté cette décision.
Une fois de retour à Kasi, nous avons emprunté la 4C, et je ne saurais expliquer le sentiment magique de retrouver une route lisse et praticable. J’avais l’impression de m’envoler. Persuadée que je n’utiliserais plus jamais ma quatrième vitesse avant de vendre ma moto, je savourais chaque accélération et me délectais de la vitesse qu’elle me permettait d’atteindre. Bref, un vrai régal !
L'idylle laotienne
Sans parler de l’incroyable route lustrée qui s’offrait à nous, le panorama était, lui aussi, tout simplement idyllique. Nous avons gravi montagne après montagne, traversé des vallées, surplombé des décors dignes d’un film. Les nuages s’étaient emparés de la lumière belle du soleil, si bien que mes photos ne rendent pas justice à la beauté du paysage, mais j’ai pris soin d’en graver chaque détail dans mon esprit.
Les routes du Laos
Les routes du Laos sont un vrai sujet. Depuis que j’ai commencé mon voyage en Asie, on n’a cessé de me répéter à quel point elles pouvaient être un enfer, autant pour les motards que pour les voitures ou les voyageurs en bus. Et il y a plusieurs raisons à cela.
- La première, c’est la géographie. Environ 80 % du Laos est composé de reliefs montagneux, ce qui rend la construction des routes longue et coûteuse. Il faut traverser des montagnes, stabiliser des talus, gérer l’écoulement des eaux… et l’entretien qui en résulte demande une rigueur constante.
- Le deuxième coupable, c’est la pluie. Elle fragilise les infrastructures en s’infiltrant sous l’asphalte, provoquant des effondrements de chaussée et des glissements de terrain. Le Laos possède également de nombreux sols rouges latéritiques riches en argile. Ils sont extrêmement durs lorsqu’ils sont secs mais se transforment en patinoires dès qu’ils sont mouillés, compliquant encore davantage la stabilité des routes.
- La troisième raison est le trafic. Certaines routes n’ont pas été conçues pour supporter autant de poids. C’est ainsi que des axes majeurs comme la 13N ont payé le prix du passage quotidien de tonnes (littéralement) de camions de marchandises, de bus ou de poids lourds.
Ajoutez à cela le fait que le Laos est un pays en développement qui ne dispose pas toujours des fonds nécessaires pour entretenir l’ensemble de son réseau routier et l’état de ce dernier est amplement excusé. Néanmoins, avec la volonté de devenir un carrefour de transport régional entre la Chine, la Thaïlande et le Vietnam, le pays investit de plus en plus dans ses infrastructures. Des partenaires étrangers, notamment la Chine, participent ainsi au financement de ses projets.
