Prasat : le village flottant

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Nous avions tant aimé nous perdre sur les petites routes paumées du Vietnam que nous étions bien décidés à faire la même chose au Cambodge, même si cela devait nous faire « perdre » des journées entières (elles ne sont jamais vraiment perdues : sur nos motos, nous découvrons bien plus que si nous étions enfermés dans un bus.)

Prochain objectif : Phnom Penh. D’après Google Maps et quelques recherches sur internet, il n’y avait rien à voir sur le chemin…

Entre luxuriance et aridité

Il est vrai que la première partie du trajet fut longue. Une fois la frontière passée, le paysage est devenu plus sec et la verdure a laissé place à des champs brûlés par le soleil. Il y a cependant une raison à ce contraste étonnant.

Cambodge par la campagne-3
Cambodge par la campagne-3

La région de Ben Tre jusqu’au poste-frontière de Mộc Bài est irriguée par les canaux naturels du Mékong. Ceux-ci rendent les terres extrêmement fertiles et apportent l’eau nécessaire à l’agriculture, même en saison sèche. De plus, dans les années 1980, le Vietnam a commencé à exploiter l’eau du delta en construisant des canaux artificiels, des pompes et des digues. Les sols vietnamiens ne dépendent donc pas uniquement de la mousson pour être proliférants.

Le Cambodge, en revanche, après sa terrible guerre civile, a vu ses systèmes d’irrigation et ses infrastructures agricoles complètement détruits. Le gouvernement a tenté de les reconstruire, mais la guerre à faire disparaitre une grande partie des ingénieurs, enseignants, techniciens et cadres (Pol Pot voulait un pays sans intellectuels) et le manque d’argent empêchaient les projets d’aboutir. Les kilomètres séparant la frontière de la capitale sont alors peu exploités pour la culture, ce qui donne au paysage un aspect plus aride, presque dépouillé. Ce n’est que lorsque les pluies tombent que la campagne reprend vie.

Adventure is calling

Loan avait toutefois repéré un endroit qui semblait plus verdoyant sur Google Maps. La route n’était pas clairement indiquée, et une rivière traversante nous obligerait probablement à faire demi-tour, le ferry étant signalé comme temporairement fermé ; mais assoiffés d’aventure et de verdure, nous avons tout de même décidé de tenter l’itinéraire.

Celui-ci s’est rapidement révélé être un petit chemin criblé de trous. Ce n’était pas une mince affaire, compte tenu du poids de mon sac à l’arrière de la moto, mais je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer l’aisance impressionnante dont j’ai fait preuve comparé à la précédente piste caillouteuse que nous avions empruntée en allant à Ben Tre : il y a du progrès !

prasat
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Prasat

Nous avons roulé sur quatorze kilomètres, à vingt kilomètres-heure tout au plus, avant d’arriver dans un petit village flottant. Les maisons situées au bord de la route étaient construites sur pilotis, tandis que d’autres reposaient directement sur la rivière. Elles seraient apparemment bâties sur des bidons métalliques, de gros fûts en plastique ou d’épais bambous. Les habitants rejoignaient leurs habitations à bord de petites péniches en bois, dont les moteurs pétaradants, brisaient le calme de la campagne.

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"Hello !"

Nous étions subjugués par cette découverte, et je crois que les habitants l’étaient tout autant de voir deux étrangers s’aventurer si loin des sentiers battus. Nous nous sommes retrouvés assaillis de sourires et de salutations joyeuses. Les enfants couraient vers nous, riant aux éclats lorsqu’un d’entre eux osait s’approcher plus près que les autres. Les adolescents semblaient se lancer le défi de savoir qui crierait le « hello ! » le plus fort, depuis le sommet de leurs cabanes surélevées. Les adultes, eux, nous observaient d’abord avec méfiance, avant de nous adresser un léger signe de tête accompagné d’un sourire chaleureux.

Nous étions l’attraction de la journée. Pour quelqu’un qui déteste tant attirer l’attention, j’étais servie.

prasat
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Prasat Phnom Krom

Nous avons finalement réussi à prendre un ferry (sûrement le plus rudimentaire que j’aie jamais vu). Il consistait en une immense planche de bois posée sur deux petits bateaux. Petit défi pour (au cas où ça finit mal) enrichir nos anecdotes de voyage : ne pas tomber dans les trous entre les planches en montant ou en descendant du ferry. Si j’écris ces lignes aujourd’hui, c’est que je ne me suis pas retrouvée au fond de l’eau avec ma moto (dommage : l’anecdote aurait été meilleure).

De l’autre côté de la rive se dressait un magnifique temple. On ne peut pas dire qu’il se fondait dans la masse : son architecture imposante et sa dorure éclatante attiraient immédiatement le regard. Il était surprenant de trouver un tel sanctuaire perdu au milieu de la campagne. Nous n’avons pas osé entrer, de peur de commettre un impair, mais nous avons pris le temps de l’observer sous toutes ses coutures. 

temple prasat
temple prasat

Phnom Penh, here we come

Après avoir erré des heures durant, nous avons finalement repris la route en direction de Phnom Penh. Nous avions le sentiment d’avoir vécu quelque chose de spécial, d’extraordinaire. Malgré le léger malaise que provoquaient tous ces regards braqués sur nous, notre passage dans ce village dont nous ne connaissions même pas le nom fut mémorable.

prasat

Comment allions-nous supporter les lieux touristiques après avoir goûté à l’authenticité ? Il ne nous a pas fallu longtemps pour obtenir la réponse : deux heures plus tard, nous nous retrouvions plongés dans les rues agitées de la capitale cambodgienne.

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Cette publication a un commentaire

  1. Maman

    Au cœur de la vraie vie ! Vous avez pu échanger un peu avec les habitants ? Peut-être par signes ?

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