2 motos, 4 mois, 8000km, 3 pays et 34 mécanos plus tard: l’heure est venue de tirer le bilan d’une odyssée qui ferait presque de l’ombre à celle d’Ulysse…
Légende:
🟡 : les kilomètres parcourus sur le dos de nos motos
🟣 : les kilomètres parcourus en transport (train, bus)
Véruca et Butch à God’s Eye Mountain, Vietnam
Et si...
Nous sortions de deux semaines sur les îles cambodgiennes à profiter de nos retrouvailles après 5 mois loin l’un de l’autre lorsque nous avons rencontré Mathéo. Il avait acheté un jolie petite moto au Vietnam quelques semaines plus tôt et il avait déjà parcouru des centaines de kilomètres. L’idée nous avait déjà traversé l’esprit. Mais nous l’avions rapidement balayée, après l’avoir jugée trop risquée et dépourvue de toute raison. Nous l’avions donc soigneusement rangée dans un coin de notre tête, en attendant de passer le permis moto.
Cependant, cette rencontre a éveillé quelque chose qui refusait obstinément de se rendormir. Malgré toutes nos tentatives, nous étions incapables de démordre de ce projet. Il avait ce gout de liberté, d’inconnu, d’aventure qui donne envie de croquer dedans à pleines dents. So we did…
À la fin de notre premier visa au Cambodge, nous avons pris un bus pour Ho Chi Minh où nous avons pris un rapide cours de moto, et lendemain nous rencontrions par hasard les deux cocottes qui deviendront nos acolytes pour les 122 prochains jours…
Aroun suostei - អរុណសួស្តី
Le Cambodge restera le pays des premières fois. Les premières longues distances. Les premiers problèmes mécaniques. Les premiers pas hors des sentiers touristiques. La première frontière franchie à moto, à Moc Bai.
Nous nous amusions encore à contourner les itinéraires que Google Maps proposaient pour passer par les fins fonds de la campagne khmer quitte à se rajouter quelques heures de trajet. Il nous importait peu de faire des centaines de kilomètres sur des routes fastidieuses au milieu des plaines cramoisies par la saison sèche ou sur des pistes poussiéreuses et défoncées. Nous passions de longues journées à rouler sans un jour de pause, complètement accros à cette nouvelle sensation de liberté.
C’est aussi au Cambodge que Véruca a commencé à révéler son véritable caractère. Jour après jour, elle nous dévoilait le calvaire qu’elle allait nous faire vivre jusqu’aux derniers kilomètres. Je nous revois encore rire nerveusement des 8 mécanos visités en l’espace de 7 jours : batterie morte, roue arrière bloquée, amortisseur qui lâche, régulateur en double provoquant un cours circuit, etc…. Alalala, si on nous avait dit que c’était que le début!
Nous garderons du Cambodge le souvenir des villages flottants, des traversées sur des ferries s’apparentant davantage à un assemblage branlant de planche de bois, des endroits magnifiques encore épargnés par le tourisme comme Phnom 1500, des cafés coco de 1L, des somptueux temples d’Angkor, des pistes boisées de la province du Ratanakiri et des traductions catastrophiques (mais hilarantes) de Google Traduction.
Le Cambodge en chiffres :
- ≈ 2 000 km
- 28 jours
- 51 L d’essence (62 €)
- 10 passages chez le mécanicien (105 €)
Orkun chraen Kampuchéa - អរគុណច្រើន កម្ពុជា 🇰🇭
Xin chào
À l’origine, nous pensions partir vers le Laos. Finalement, après avoir étudié les différentes possibilités, nous avons choisi de retourner au Vietnam en passant par la frontière de Le Thanh. C’est alors qu’à débuté un périple de plus de 2 mois entre les montagnes karstiques, les rizières en terrasse, les champs de maïs et les rivières souterraines.
Lorsque j’ai atterri sur le sol vietnamien en janvier, je n’ai pas été très réceptive à son dit « charme ». J’enchainais les attrape-touristes et les déceptions. J’avais le sentiment de participer à une industrie destructrice en visitant à des endroits pensés pour les occidentaux au détriment de la population locale. Le découvrir à moto a changé mon regard sur ce pays qui s’est avéré être le plus diversifié, le plus surprenant et le plus verdoyant que j’ai visité. Comme si j’avais enfin pu brisé la carapace qu’il propose aux touristes pour accéder à sa réelle profondeur, à son authenticité.
Les péripéties de Véruca ont, bien évidemment, continué de plus belle. Nous avons presque dû l’abandonner au sommet des montagnes de Nam Trà My après que son sélecteur de vitesse nous a lâchés. Et nous nous sommes vus, l’espace d’un instant, refuser l’entrée du pays lorsque son accélérateur s’est bloqué, l’envoyant finir sa course dans un camion, le tout sous les yeux de deux garde-frontières complètement abasourdis.
Loan n’a pas été épargnée non plus. Butch a décidé d’abandonner sa roue avant au mouvement des graviers tapissant un virage, obligeant son cher propriétaire à rester alitée pendant près de deux semaines.
Nous retiendrons du Vietnam les Bun Cha Cham (incontestablement notre plat préféré d’Asie du Sud-Est), les routes lisses et sinueuses sans aucun traffic, les restaurants et mécaniciens à chaque coin de rue, les cà phê muối, les rizières sculptées à la main par les minorités ethniques, les sponge cakes, les éclats de rire des vietnamiens lorsque l’on s’essayait à leur langue, les karaokés, la diversité de nourriture, les matelas durs comme de la pierre, les douches froides et les bananiers qui bordent les routes.
Le Vietnam en chiffres :
- ≈ 3800km (+ 1 200 km en train)
- 62 jours
- 94 L d’essence (72 €)
- 14 passages chez le mécanicien (91 €)
Cảm ơn rất nhiều Việt Nam 🇻🇳
Sabaï dii - ສະບາຍດີ
Se retrouver de l’autre côté de la frontière de La Lay, sur le territoire laotien, tenait de l’irréel. J’avais l’impression d’avoir réécrit un mythe. Encore aujourd’hui, je reste bouche bée devant cet exploit qui me paraît toujours aussi invraisemblable. J’avais tellement entendu dire qu’il devenait impossible de traverser les frontières avec une moto vietnamienne que je m’étais surprise, plusieurs fois, à regretter de ne pas avoir commencé à voyager dix ans plus tôt. Et bien, je me suis clouée le bec à moi-même.
Même si les routes laotiennes se sont révélées être un véritable supplice, je n’ai jamais cessé d’éprouver une immense gratitude de pouvoir continuer cette aventure dans un troisième pays, au guidon de ma petite moto d’amour.
En revanche, la fatigue commençait sérieusement à se faire ressentir. Nous étions moins enthousiastes à l’idée d’enchaîner les kilomètres. Nous nous surprenions parfois à rouler uniquement pour atteindre l’étape suivante, sans vraiment profiter du paysage. Les réveils matinaux devenaient chaque jour un peu plus difficiles, bien que nécessaire pour ne pas prendre de retard sur l’itinéraire que nous nous étions fixé.
Nous avons fini par nous écouter et raccourcir les trajets, adapter nos plans à notre état physique et mental et accepter de voir moins pour profiter davantage de l’endroit où nous nous trouvions à l’instant T.
Il ne restait plus beaucoup d’énergie non plus pour surmonter les pannes de Véruca qui devenait un peu plus créative chaque jour: le pot d’échappement qui tombe, un trou dans le réservoir, 1L d’huile englouti en 100km, la chaine qui s’emmêle sur elle-même et j’en passe. Je me suis alors souvenue d’une phrase que j’avais prononcée avant d’entrer au Laos: « Si on arrive à passer la frontière, ce n’est pas grave si elle me lâche et que je n’en tire rien. » Je la soupçonne d’avoir pris mes dires un peu trop au pied de la lettre…
Nous nous rappellerons du Laos pour ses collines bucoliques d’un vert éclatant, la traversée en barque avec les motos, ses petits villages pittoresques perdus dans les montagnes, ses pistes où l’on avale davantage de poussière que d’oxygène, ses falaises calcaires impressionnantes, ses lits très confortables, les innombrables assiettes de riz frit et de pad Thai engloutis, les gens roulant en homemade side-cars et l’état pitoyable de la route nationale.
Le Laos en chiffres :
- ≈ 2 000 km
- 32 jours
- 49 L d’essence (59 €)
- 10 passages chez le mécanicien (105 €)
Khop tchaï laï laï Lao - ຂອບໃຈ ຫລາຍ ໆ ລາວ 🇱🇦
Clap de fin
Cette aventure aura sans doute été l’une des plus rocambolesques de notre existence. Il y a eu des moments magiques comme des moments où il a fallu davantage puiser dans nos ressources. Mieux valait avoir le cœur bien accroché pour traverser cet ascenseur émotionnel permanent.
Pourtant, de cet immense pas hors de notre zone de confort ont peu à peu émergé une confiance, une résilience et une compréhension mutuelle plus profonde encore. Au-delà de découvrir de nouveaux horizons, nous nous sommes d’autant plus découverts l’un l’autre.
Je me suis servie de son sourire pour comprendre ce qui le faisait profondément vibrer. Il s’est servi de mon émerveillement pour déceler ce qui me comblait véritablement. Je me suis servie de sa fatigue pour apprendre à connaître ses limites. Il s’est servi de mon ras-le-bol pour comprendre les moments où j’avais besoin de soutien sans oser le demander.
Même si nous passions des heures chacun sur notre moto, à vagabonder dans nos pensées en admirant les paysages qui défilaient, cette aventure est devenue un véritable travail d’équipe. Le voyage nous a parfois placés dans des situations qui auraient pu nous éloigner. Au lieu de ça, il a renforcé le lien qui nous unissait d’une manière infiniment précieuse. Et c’est probablement le plus beau cadeau que ces 8 000 kilomètres nous aient offert.
À Loan
Merci Loan de t’être lancé dans cette aventure extraordinaire avec moi, d’avoir toujours trouvé les mots pour m’apaiser face au nombre incalculable de pannes de Véruca, d’avoir rendu ce voyage aussi intense que léger, et d’avoir fait preuve d’une patience infinie face à mes flots d’émotions. Merci pour ta douceur, ton écoute attentive, ta joie de vivre et cette façon que tu as de rendre chaque moment de vie magique. Merci d’être la personne exceptionnelle que tu es. Il me tarde déjà de découvrir les prochaines aventures qui nous attendent.
