Nous quittons les montagnes du centre pour rejoindre la côte sri-lankaise. Le sud-ouest étant alors touché par la mousson, nous avons choisi de mettre le cap vers le littoral est, où nous attendent soleil et chaleur.
Arugam Bay
À la mode de chez nous
Arugam Bay est peut-être l’un des exemples les plus frappants de l’influence occidentale sur les destinations touristiques des pays en développement. Sans avoir pleinement conscience de ma position géographique, j’aurais presque pu croire être de retour en Europe. Les rues semblaient dessinées pour répondre aux envies des voyageurs étrangers : magasins de vêtements, coffee shops, bars dansant. Rien ne ressemblait au Sri Lanka que j’avais rencontré quelques jours plus tôt.
Sur les vagues de l'océan indien
Bien que popularisé par les Australiens et les Américains au début des années 1960, le surf est aujourd’hui l’une des principales raisons pour lesquelles des millions de personnes viennent chaque année au Sri Lanka. À Arugam Bay, les spots de surf, aussi nombreux soient-ils, se complètent plutôt qu’ils ne se concurrencent. Baby Point est idéal pour les surfeurs novices qui ne sont pas encore à l’aise avec le tumulte de l’océan, tandis que Main Point, dont les vagues peuvent s’étirer sur plusieurs centaines de mètres, offre un véritable terrain de jeu aux plus aguerris.
De notre côté, nous nous sommes rendus à Whisky Point, là où les vagues étaient aussi appétissantes que la belle plage de sable doré qui s’étendait sous nos pieds. Encore assaillie par un violent rhume, je me suis contentée de m’asseoir sur un rocher et d’observer. Armée de mon Canon 70–300 mm, j’ai passé une heure et demie à capturer les acrobaties abracadabrantes de Loan et de son petit frère, tentant désespérément d’attraper les lames déferlantes de l’océan Indien.







Kumana national park
Les safaris étaient probablement ce qui m’enthousiasmait le plus à l’idée de ce voyage au Sri Lanka. Éléphants d’Asie, léopards, ours lippus, écureuils géants, pies bleues… Cette petite île possède à elle seule une diversité animale incroyable, qui a immédiatement piqué ma curiosité.
Au-delà de mon amour pour les animaux, je pourrais passer des heures à les observer et à les photographier. Pourtant, à la suite de cette excursion au Kumana National Park, j’en suis venue à me demander si, dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, aimer les animaux ne revenait pas finalement à éviter les activités destinées à les rencontrer…
Avant même de faire la moindre recherche, je me demandais déjà si faire un safari au Sri Lanka pouvait être considéré comme une pratique éthique. Les vidéos sur lesquelles je suis tombée par la suite ont définitivement confirmé mes craintes.
On y voyait des dizaines de jeeps encercler des troupeaux d’éléphants, ou d’autres accourir précipitamment à la vue d’un léopard. La simple idée de participer à une telle scène me faisait mal au ventre. Mais une partie de moi avait tellement envie de trouver une manière éthique d’observer ces animaux que je me suis probablement voilé la face le temps d’une excursion.
Le Kumana National Park m’a été présenté comme beaucoup moins fréquenté que son voisin, Yala, où se rendent la majorité des touristes. C’est ce qui m’a poussée à lui accorder le bénéfice du doute. Certes, le parc n’était pas bondé de jeeps vrombissant dans tous les sens au moindre mouvement d’un animal. Certes, nous les avons observés de loin et il ne semblait pas que nous dépassions les limites. Mais rien ne garantit que cela se passe ainsi tous les jours. Le conducteur de notre jeep nous l’a lui-même affirmé : « Aujourd’hui est une journée très calme, hier, c’était la folie. »
Peut-être que, même si nous n’en avons pas été témoins ce jour-là, il était parfois lui aussi de ceux qui agressaient et stressaient les animaux du parc, animé par la volonté de répondre au mieux aux attentes de ses clients. Dans ce cas, sans même le vouloir, notre argent contribue indirectement à ces pratiques. Il envoie en quelque sorte le message : « Je finance vos actions afin que vous puissiez les faire perdurer », même si, de notre côté, nous pensons : « Quelle horreur de faire ça. »
Les jeep drivers disent aimer profondément les animaux, et je n’ai aucun doute sur la sincérité de leurs paroles. Pourtant, le mélange entre une population aux revenus modestes et une popularité croissante des safaris auprès des touristes transforme cette activité en véritable mine d’or pour ceux qui y travaillent, laissant alors peu de place à la question du bien-être animal. Les compagnies ne sont alors plus dans une démarche de protection de la faune, mais davantage dans une logique de satisfaction de leurs clients.
Malgré les dénonciations des défenseurs de l’environnement, les sri lankais préfèrent (à juste titre) opter pour l’opportunité d’une vie meilleure au détriment des conditions de vie des animaux.
Mais n’oublions pas que s’il existe une telle offre, c’est avant tout parce que les touristes en font la demande…
Trincomalee
En plus d’abriter l’un des plus grands ports naturels au monde, Trincomalee est un véritable carrefour maritime reliant l’Inde, le Bangladesh, l’Asie du Sud-Est et l’Extrême-Orient. Au-delà des belles plages de sable fin se dessinent alors de nombreux porte-conteneurs, venus des quatre coins de l’horizon pour ravitailler l’Indo-Pacifique.
Trincomalee est également une station balnéaire dont les touristes sont particulièrement friands : 20 kilomètres de plages, une vie sous-marine fascinante, un océan translucide. C’est aussi sans doute l’endroit où nous avons croisé le plus de touristes (après Arugam Bay), ce qui en dit finalement long sur sa ressemblance avec les lieux de villégiature que l’on connaît en Europe…
Thirukoneswaram Kovil
Perché au bord d’une falaise depuis l’Antiquité, ce sanctuaire hindou est dédié à Shiva, l’une des divinités les plus importantes de l’hindouisme aux côtés de Vishnu et Brahmā. Surnommé le « destructeur bienveillant » ou le « transformateur », il est associé à la dissolution de l’univers à la fin des cycles cosmiques, permettant ainsi une nouvelle création. Il est également considéré comme le maître du yoga, le danseur cosmique et l’incarnation de l’ascétisme.
Safari en mer
Ce jour-là, la naïveté nous a été offerte sur un plateau d’argent. Comment la refuser… Pourtant, la chute jusqu’à la réalité n’en a été que plus douloureuse. Nous pensions avoir pris rendez-vous pour une sortie en mer à la recherche fortuite de ses habitants. Nous étions préparés à l’éventualité évidente de repartir la queue entre les pattes.
La mâchoire nous en est tombée lorsque nous nous sommes retrouvés entourés de dizaines de bateaux qui, à la vue d’un aileron, écrasaient l’accélérateur de toutes leurs forces pour s’en approcher au plus près et offrir à leurs clients la meilleure vue possible sur les animaux marins.
La course aux dauphins et aux baleines a duré près de deux heures. Deux heures à m’excuser intérieurement auprès d’eux pour le stress engendré. Deux heures à espérer profondément qu’ils ne réapparaissent plus à la surface de l’eau. Deux heures à sentir mon cœur se serrer chaque fois que j’entendais les moteurs rugir.
Par chance, l’heure de snorkeling qui a clôturé cette longue matinée nous a conféré le calme et la sérénité nécessairespour redescendre en pression. Nous avons slalomé entre des bancs de poissons colorés et des méduses tachetées (savoir dès le début qu’elles ne piquaient pas nous aurait d’ailleurs évité bien du stress). Nous avons fait des plongeons-canard pour admirer de plus près la vie qui grouillait dans les coraux. Nous avons longuement observé une tortue de mer croquer goulûment dans une de ces gelées marines avant de passer à la suivante sans même finir ce qu’elle avait commencé.
Nilaveli beach
De sa grisaille terne, le ciel n’avait pas l’air décidé à rendre hommage à la réputation de Nilaveli beach. Alors, armés d’ éclats de rire et de bonne humeur, nous avons redonné de la lumière à cette plage qui en manquait cruellement. Jeu de ballon, château de sable, saltos arrières, bataille de sable. Bien que la moyenne d’âge était pratiquement équivalente à 3 décennies, nos âmes d’enfants n’en étaient pas moins débridées.

Que c’est bien écrit !! Bravo Lucine !
C’est triste cette chasse aux animaux sans doute pour la meilleure photo insta , quel stress pour la faune .
Sacré salto !!!Aussi haut qu’en kite-surf !