De sa traduction « île sacrée », le Sri Lanka est un pays où histoire, culture, religion, faune et flore s’entremêlent dans une harmonie qui ferait presque oublier les divisions du passé. Il va sans dire que cette petite nation, à peine plus grande que la Suisse, a connu des périodes de tensions. Pourtant, aujourd’hui, je découvre un pays où les différences semblent davantage s’unifier que s’opposer.
Kandy
Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, Kandy fut la dernière capitale du royaume cingalais. Nichée au cœur des montagnes, la ville résista pendant des siècles aux ambitions coloniales des Portugais, puis des Hollandais, grâce à sa position naturellement protégée. Ce n’est qu’en 1815 qu’elle succomba aux forces des Britanniques avec la signature de la Convention de Kandy. Cet accord marqua la fin du dernier royaume indépendant du Sri Lanka et le début de la domination britannique sur l’ensemble de l’île.
Le Jardin botanique royal de Peradeniya
À l’origine, ce n’était qu’un jardin d’agrément destiné aux promenades de la famille royale. En 1843, près de vingt ans après la prise de contrôle de l’île par les Britanniques, ce vaste domaine de 60 hectares fut transformé en un jardin botanique dédié à l’étude de plantes venues des quatre coins du globe.
Au total, plus de 4000 espèces végétales sont recensées. Au fil des allées, on découvre des arbres du monde entier plantés par de nombreuses personnalités. Certaines viennent d’Australie, d’autres du Mexique ou d’Amazonie. L’une a été plantée par Ghandi, l’autre par King George V et Queen Mary. Se promener dans le jardin botanique de Peradeniya, c’est faire voyage à travers les siècles et les continents.
Le temple de la dent
La légende raconte qu’une dent de Bouddha repose dans ce temple. Rapportée d’Inde au IVᵉ siècle, dissimulée dans la chevelure de la princesse Hemamala, cette relique est devenue un puissant symbole de pouvoir : celui qui la détenait était reconnu comme le souverain légitime du pays.
Aujourd’hui, si le Sri Lanka est une république, la relique n’a rien perdu de son importance. Elle incarne toujours la présence symbolique de Bouddha et demeure l’un des objets les plus sacrés du bouddhisme. Chaque jour, des milliers de fidèles affluent vers ce temple, construit spécialement pour protéger ce précieux trésor, afin de lui rendre hommage et de prier.
Nuwara Eliya
Perchée sur les plus hauts plateaux du pays, Nuwara Eliya est une hill station bâtie de toutes pièces par les Britanniques au XIXᵉ siècle. La fraîcheur des montagnes leur rappelait leur lointaine Angleterre et leur permettait d’échapper aux maladies tropicales qui sévissaient dans les plaines. Pendant longtemps, la ville était un refuge réservé aux colons.
De notre côté, Nuwara Eliya ne fut qu’une halte de courte durée, mais qui risque de rester dans les annales. Non pas pour ses plantations de thé ondulant à flanc de montagne, ni pour les panoramas à couper le souffle vantés par tant de voyageurs. Je ne remets pas leur réputation en cause ; peut-être qu’un simple rayon de soleil aurait été une preuve suffisante. Mais un épais nuage de pluie s’était pris d’affection pour nous et refusait obstinément de nous lâcher la grappe. Quelle ironie de savoir que Nuwara Eliya signifie littéralement « ville de lumière ». La seule lumière que nous ayons vue fut celle de la chambre d’hôtel dans laquelle nous nous sommes réfugiés.
Alors, malgré toutes les attentes que nous avions placées dans ce qu’on appelle aussi « la petite Angleterre du Sri Lanka », nous avons fini par monter dans le premier train en direction de Haputale, avec l’espoir d’y trouver un ciel un peu plus clément.
Haputale
La ligne ferroviaire reliant Kandy à Badulla est l’attraction à ne pas manquer au Sri Lanka. Elle serpente entre sommet montagneux, champs de thé et forêt d’eucalyptus, offrant un voyage d’une magnificence à vous couper le souffle.
Cependant, fin novembre 2025, le cyclone Ditwah a frappé l’île, causant d’importants dégâts sur cette célèbre voie ferrée. Encore aujourd’hui, une grande partie reste en rénovation. C’est donc seulement à Nuwara Eliya que nous avons pu monter à bord de l’un de ses wagons aux couleurs de la France.
N’ayant pas réussi à décrocher des places assises sur le site officiel, nous avons finalement fait travailler notre proprioception dans le couloir du train. De plus, la vue, oscillant entre bâbord et tribord, mettait nos obliques à rude épreuve. Tantôt nous nous penchions vers la droite pour admirer les plantations de thé qui grimpaient à flanc de montagne, tantôt nous nous précipitions vers la gauche pour contempler la vallée qui s’étirait en contrebas. Une belle façon d’allier effort physique et plaisir !
Bambarakanda Falls
Perchées à 263 mètres de hauteur, les Bambarakanda Falls détiennent le titre de plus haute cascade du Sri Lanka. Et les prétendantes ne manquent pourtant pas : plus de 380 cascades ont été recensées à ce jour, faisant de l’île l’un des territoires présentant la plus forte densité de chutes d’eau au monde au regard de sa superficie.
Le sentier menant jusqu’au bassin serpentait entre d’immenses pins dont les cimes semblaient vouloir caresser l’Olympe. Afin de limiter les risques d’incendie, le sol avait probablement été volontairement brûlé par endroits, ce qui nous épargna (à notre grand soulagement) toute rencontre importune avec les fameuses sangsues visqueuses du Sri Lanka.
Lanka Ella
La randonnée menant jusqu’à la cascade de Lanka Ella fut courte mais intense. Nous nous sommes retrouvés au beau milieu du Horton Plains National Park; un plateau classé au patrimoine de l’UNESCO pour ses prairies verdoyantes et ses mers de nuages.
Internet nous avait pourtant assuré que ce n’était pas la meilleure saison pour découvrir cette partie de l’île. Pourtant, nous avons été accueillis par un magnifique ciel bleu et un soleil brûlant, dont la chaleur fut plus que bienvenue après une baignade rafraichissante dans la piscine naturelle qui trônait au pied de la chute d’eau.








Full moon festival
Chaque jour de pleine lune est un événement sacré au Sri Lanka : il est appelé Poya Day. Il y en a généralement 12 ou 13 par année, et chacun commémore un moment important de la vie de Bouddha ou de l’histoire du bouddhisme dans le pays.
Ces journées occupent une place importantes dans la société sri-lankaise. Les écoles, les bureaux, les magasins ferment pour permettre aux gens de prier. La ventre d’alcool et de viande est interdite. Les habitants se vêtissent de blanc et se rendent dans les temples pour méditer.
Nous avons eu la chance d’assister à Esala Poya, célébré au mois de juillet, qui commémore notamment le premier sermon de Bouddha donné à ses cinq premiers disciples mais elle célèbre aussi l’arrivée de la Dent de Bouddha au Sri Lanka, qui sommeille aujourd’hui dans le temple de Kandy. Tout au long de la journée, les rues se sont animées au rythme des processions, certains dansaient, d’autres priaient, des chars richement décorés défilaient.
Le soir venu, des hommes venaient casser des noix de coco au pied des chars. Bien que cette fête soit bouddhiste, ce rituel trouve ses origines dans les traditions hindoues et demeure profondément ancré dans la culture sri-lankaise. La noix de coco devient alors une représentation symbolique de l’être humain :
- La coque dure représente l’ego et l’orgueil. La briser symbolise l’abandon de ces barrières intérieures et l’humilité face au divin.
- L’eau de coco qui en jaillit représente la libération de la négativité, de la colère et des impuretés accumulées dans l’esprit et le corps.
- La chair blanche révélée à l’intérieur du fruit symbolise la pureté de l’âme retrouvée, ainsi que la sincérité des intentions.
Ella
Le trajet de Haputale à Ella s’est avéré être bien moins bondé que le précédent. Nous étions plus que ravis d’avoir enfin accès aux portes du train restant ouvertes même lorsque ce dernier est en marche. Assis sur le marchepied, les jambes suspendues dans le vide et les cheveux au vent, nous avons pu pleinement savourer le panorama qui défilait sous nos yeux.
Ravana falls
Les Ravana Falls étaient impressionnantes, bien que noires de touristes et de Sri-Lankais venus prendre leur douche. J’ai alors porté mon attention sur les jolis singes qui peuplaient les environs.
Le singe à la coupe au bol est un macaque toque, une espèce endémique du Sri Lanka. Aussi joueur que curieux, on peut l’observer poursuivre ses congénères à travers les feuilles mortes et les rochers, ou dévorer avec appétit tout ce qui lui tombe sous la main.
Le singe au visage noir est un entelle à face pourpre. Bien plus calme que son cousin, il se nourrit principalement de feuilles et passe le plus clair de son temps perché dans la canopée.





Nine Arch Bridge
Surnommé « le pont dans le ciel », il est une énième preuve tangible de l’héritage colonial britannique. Sa construction débuta en pleine Première Guerre mondiale, période durant laquelle le métal était réquisitionné pour l’effort de guerre. Les ingénieurs durent alors revoir leurs plans et construire l’ouvrage uniquement à partir de matériaux disponibles localement.
Long de 91 mètres et culminant à 24 mètres au-dessus de la vallée, le Nine Arch Bridge est ainsi entièrement constitué de pierre, de briques et de ciment, sans aucune structure métallique.
Comme tous bons touristes, nous avons sagement attendu l’heure du passage du train, perchés sur notre promontoire. 45 minutes d’attente pour 42 secondes de spectacle. Sûrement pas le meilleur rapport qualité/temps mais la photogénie de la scène aide à oublier le chronomètre.
Little Adam's peak
Une fois le train disparu dans la montagne, nous avons offert nos dernières forces à l’ascension du Little Adam’s Peak, dans l’espoir d’attraper les derniers rayons du soleil.
Spoiler alert : les nuages nous ont devancés et ont remporté la course. La balade à travers les champs de thé et le panorama à 360 degrés qui se dévoilait peu à peu au fil de nos pas étaient tout de même spectaculaires.
Diyaluma falls
Ce matin-là, nous avons rencontré Saman, le chauffeur qui allait nous accompagner pour la suite de notre voyage. Les transports sri-lankais, d’une terrible lenteur, n’étaient pas vraiment une solution idéale compte tenu de la courte durée de notre séjour. Nous avons donc décidé de gagner un peu de temps sur les routes.
Les Diyaluma Falls furent la première étape en sa compagnie. Elles figurent parmi les plus hautes cascades du pays, occupant la deuxième place avec leurs 220 mètres de chute. Elles portent également avec elles la légende d’un jeune prince qui aurait trouvé la mort en dévalant la falaise alors qu’il poursuivait sa bien-aimée.
Le Sri Lanka et ses religions
Ayant évoqué dans mon introduction l’harmonie surprenante qui semble régner entre les différentes communautés de l’île, je me dois d’y revenir un peu plus longuement. Plus je découvre le Sri Lanka, plus je suis agréablement surprise par le respect que les habitants semblent porter aux différentes religions qui composent leur pays.
4 mondes en 1
Le Sri Lanka est avant tout une terre bouddhiste. Plus de 70 % de la population se revendique appartenir à cette religion, profondément ancrée dans l’identité nationale. À travers l’île, de nombreux événements, (comme les Poya Days), ou des édifices emblématiques (Temple de la Dent à Kandy, par exemple), rendent hommage à Bouddha.
Bien que l’hindouisme était présent sur l’île bien avant l’arrivée du bouddhisme, ses fidèles ne représentent que 13 % de la population. Leurs temples, appelés kovils, se caractérisent par leurs façades colorées ornées de sculptures représentant des divinités telles que Shiva, Vishnu ou Murugan.
L’islam représente quant à lui environ 10 % de la population sri-lankaise. Présent sur l’île depuis plus d’un millénaire grâce aux marchands arabes venus parcourir les routes commerciales de l’océan Indien, il fait aujourd’hui partie intégrante du paysage religieux du pays. On retrouve des mosquées dans les villes, d’où résonne chaque matin l’appel à la prière.
Enfin, environ 7 % des Sri-Lankais sont chrétiens. La présence du christianisme est principalement dû à la colonisation des européens. Aujourd’hui encore, leurs églises parsèment le territoire et leurs célébrations font partis du quotidien de certains.
Une victoire pour l'humanité
Pendant que certains pays continuent de se diviser au nom de croyances ou de traditions différentes, le Sri Lanka démontre, à travers sa diversité, qu’il est possible de faire cohabiter des identités multiples sur une même terre.
Je ne prétends pas que le racisme ou les tensions communautaires n’existent plus au sein de la nation, mais le simple fait d’observer une église catholique aux côtés d’une mosquée, ou de voir une tradition hindoue intégrée à un événement bouddhiste, semble être une victoire symbolique lorsqu’on connaît les conflits meurtriers religieux que l’histoire nous raconte.

Quel article !! Tu nous plonges dans l’univers sri lankais riche en paysages, en histoire et en culture …
Les champs de thé me rappellent ceux de l’Inde, ça doit etre un plaisir pour toi de les retrouver.
Bonnes vacances à vous tous !!