Notre visa vietnamien touchait à sa fin. Nous avons donc effectué une brève incursion en Chine pour remettre les compteurs à zéro avant de reprendre (enfin !) notre périple sur le dos de nos fidèles destriers. Aussi plaisant fut-il de se laisser conduire pendant la Hà Giang loop, rien ne rivalise avec la sensation d’être aux commandes de sa propre moto. Cao Bằng, here we come!
De Bảo Lạc à Pác Bó
Pác Bó nous a offert une échappée entre paysages karstiques, anecdotes politiques et mémoires historiques.
En effet, le 28 janvier 1941, après 30 ans passés à l’étranger, c’est ici-même que Hồ Chí Minh installa sa base pour organiser la lutte pour l’indépendance. Grandement inspiré par le travail de Karl Marx et les pratiques de Vladimir Lénine, il rebaptisa une montagne au nom du premier et un ruisseau au nom du second.
En arrivant au pied de ce que les Vietnamiens appellent la route aux 15 étages (première photo ci-dessous), une vague de déception me parcourut. Les photos Google maps laissaient entrevoir un sentier pas plus large qu’un mètre. À la place, nous nous sommes retrouvés face à une route fraîchement goudronnée, si large qu’on aurait presque pu y faire passer un porte-conteneurs après lui avoir greffé des roues.
Pour une fois, cette transformation n’a rien d’un caprice touristique. Pendant longtemps, la difficulté du passage, particulièrement durant la saison des pluies, isolait les villages reculés de la région. Pour permettre aux habitants de se déplacer plus facilement, d’accéder aux services essentiels et de faire circuler les véhicules motorisés, il était devenu nécessaire d’aménager la route. Son goudronnage a ainsi contribué à désenclaver cette partie de Cao Bằng et à soutenir son développement économique.
De Pác Bó à Phong Nam
Núi Mắt Thần - L'oeil de Dieu
On l’appelle aussi la Montagne de l’Œil de l’Ange. Les géologues pensent qu’il s’agissait autrefois d’une grotte sous-marine, à une époque où la région était encore recouverte par les eaux. Au fil des millénaires, la karstification aurait eu raison de la majeure partie du calcaire qui la composait, ne laissant qu’une ouverture béante au milieu d’un pic comme seul témoignage de son existence.
Les Tàys et les Nùngs, quant à eux, lui confèrent une dimension divine. Selon leurs croyances, cette montagne serait la forme terrestre d’un dieu veillant sur les habitants de Cao Bằng.
Phong Nam Station
Nous nous sommes offerts une nuit un peu hors budget, mais l’emplacement de l’homestay valait amplement ces quelques dôngs supplémentaires. Longé par la Quây Sơn, entourée de rizières et de champs de maïs, surplombé par les géants de calcaire. Il y avait bien longtemps qu’un tel silence ne s’était pas fait entendre dans ce pays où le klaxon semble être une forme de communication presque plus utilisée que la parole.
Phong Nam à Thác Bản Giốc
Ngọc Côn
Je n’aurais pas refusé si quelqu’un m’avait proposé de prendre le contrôle de ma moto le temps de traverser la vallée de Ngọc Côn. J’aurais alors pu observer les riziculteurs planter un à un les plants de riz dans les champs. J’aurais pris le temps de plonger mon regard dans ce contraste parfait de bleu ciel et de vert rizière. J’aurais davantage porté mon attention sur le doux son de l’eau qui suit son cours entre montagnes et champs.
De cette impossibilité évidente à céder le guidon émanait une merveilleuse conséquence : l’obligation de s’arrêter complètement pour pouvoir se délecter du spectacle. Couper le contact, rendre à la route son caractère silencieux et laisser la nature m’enivrer de ses ondes musicales mirobolantes.
Thác Bản Giốc
Il va de soi que nous avons été impressionnés par les cascades de Thác Bản Giốc, mais nous avons d’autant plus été fascinés par le fait que la vaste Chine s’étendait à 10 mètres en face de nous. De l’autre côté de la rivière, les Chinois venaient admirer leur partie de la cascade.
J’avoue avoir envier leur l’infrastructure le temps d’un instant. Moi qui rêvais d’être un oiseau pour aller jeter un coup d’œil à l’ascendant de la chute d’eau, eux, n’avaient qu’à se pencher au delà de la plate-forme construite dans les hauteurs des montagnes et c’était comme si des ails leur avaient poussé.
Riverside Homestay
Le temps de quelques kilomètres, nous avons délaissé les rizières pour traverser des champs de maïs et de tabac. L’un d’un vert sapin, l’autre d’un vert pomme, offraient au paysage une toute nouvelle palette de couleurs. À cela s’ajoutaient le vert jade de la rivière et le vert émeraude de la végétation.
Je n’avais jamais vu autant de nuances de vert s’entrelacer. Comment la nature parvient-elle à faire preuve d’une telle créativité ?
Que l'aventure continue !
Cao Bằng devait être notre ultime étape au Vietnam. Épuisés par les caprices de Véruca qui, malgré le fait que je n’en parle plus, continue de nous offrir son lot quotidien de problèmes mécaniques, nous envisagions de rejoindre Hanoï pour vendre les motos. Malgré le dicton selon lequel toute bonne chose a une fin, nous ne parvenions pas à nous résoudre à tourner la page de cette aventure aussi fantastique que rocambolesque.
L’idée de redevenir de simples backpackers, sac sur le dos et billet de bus à la main, était loin de nous faire vibrer. Alors, même si Véruca tombera probablement encore en panne, même si nos chances de franchir la frontière laotienne sont minces et même si nous ne visiterons pas tous les pays que nous avions prévu de découvrir, nous sommes heureux d’avoir choisi de prolonger cette odyssée le temps quelle durera.

Au fil de ton récit, je ressens un ralentissement et une profonde invitation à se délecter de cette nature si riche comme tu le dis si bien. Les paysages sont ouf entre montagnes karstiques et de l’eau et du vert sous toutes ses formes.
J’adore la photo de Loan sur sa moto au cœur des montagnes , il semble juste heureux de sa vie !! L’aventure continue et vous apportera tjrs plus d’occasion de vous rencontrer .
Bisous les aventuriers !