Après la Hà Giang loop, la Cao Bằng loop, la Paské loop, nous voilà au pied de la Thakhek loop !
Nous commencions presque à nous demander pourquoi nous nous étions donné autant de mal à traverser les frontières avec les motos, pour finalement passer des heures sur des routes aussi monotones qu’interminables. Il aura fallu arriver jusqu’aux vallées pittoresques de Thakhek pour mettre fin à ses cogitations vaines.
Jour 1
La première partie de la route s’est avérée être un véritable enfer. Aucun blog n’en avait parlé, aucune personne rencontrée sur notre chemin ne l’avait mentionné. Sur une soixantaine de kilomètres, le paysage se résumait à de longues files de camions et à des nuages de poussière venant s’engouffrer dans nos poumons. Nous pouvions distinguer quelques montagnes au loin sans vraiment pouvoir profiter de leur retour. C’est donc à coups de jurons et de ruminations incessantes que la Thakhek Loop commença… malgré tout l’espoir que nous avions placé en elle.
Une fois la route 12, reliant Thakhek au Vietnam, derrière nous, la Loop nous dévoila une toute nouvelle facette d’elle-même. Nous avions troqué les camions de marchandises contre les tracteurs agricoles, et les montagnes karstiques contre d’immenses rizières s’étendant à perte de vue. Peu à peu, nous commencions à comprendre l’engouement autour de cette boucle bien que la plus belle partie semblait se trouver au beau milieu de ces nuages de poussière…
Jour 2
Sans doute trop habitués à enchaîner les kilomètres juste pour avancer, après 1500 km où les paysages n’avaient pas toujours grand intérêt (peut-être que ma colère contre les camions et les kilos de poussière avalés me font légèrement exagérer), il nous a été difficile de ralentir, d’écouter et d’accepter cette envie irrépressible de s’arrêter toutes les deux minutes pour admirer le paysage. Car au bout du compte, bien que chaque loop soit une succession de points de vue et de lieux marqués sur Google Maps, c’est avant tout le chemin qui les relie qui leur donne tout leur intérêt.
Sur cette route en particulier, nous avons découvert un type de montagne karstique bien différent de celles du Vietnam. Plutôt que de se dresser en pics sortant directement des plaines, nous nous sommes retrouvés entourés d’une immense ceinture de calcaire, longeant rizières et cours d’eau sur des dizaines de kilomètres.
La route en direction de la Kong Lor Cave était à s’en décrocher la mâchoire. La photographe en moi ne pouvait s’empêcher de freiner brusquement dès que mon œil repérait un panorama parfait. À peine le clic de mon appareil photo retentissait-il que je remontais déjà sur ma moto, incapable de prendre le temps de réellement me délecter de ces paysages, à mon grand désarroi.
En effet, Loan avait repéré un resort au-delà de la barrière de calcaire. Il nous fallait arriver avant la fermeture de la Kong Lor cave, qui était notre seul moyen d’y accéder. Spoiler alert : c’était fermé.
J’ai alors profité de cette belle fin de journée ensoleillée pour reprendre la route en sens inverse et m’imprégner de la campagne environnante. J’ai emmené Véruca avec moi pour que le mécano (qui, lui aussi, avait décidé de fermer boutique) puisse jeter un œil à sa roue arrière qui semblait défaillante. Au final, je crois que je l’ai davantage poussée qu’elle ne m’a conduite ; le bruit incessant de son moteur venait briser la quiétude de la nature.
Kong Lor cave
Une coupure d’électricité nous a forcés à attendre toute la journée avant de pouvoir pénétrer dans la Kong Lor Cave. Ironiquement, lorsque nous en sommes ressortis, nous regrettions presque de ne pas avoir profité de l’absence d’éclairage pour la visiter, afin qu’aucune lumière ne vienne perturber notre expérience.
Contrairement à la Phong Nha Cave, où chaque parcelle de roche est mise en valeur par des spots lumineux, Kong Lor était principalement plongée dans l’obscurité. La sensation était saisissante, à tel point que nous nous efforcions à ne pas réveiller les détecteurs de mouvement lorsque le bateau nous déposait sur une petite plage pour observer les gigantesques stalagmites. Nous préférions nous sentir enveloppés par les ténèbres, quitte à ne pas observer les formations rocheuses dans toute leur splendeur.
Tout le long de la traversée, nous avions seulement deux petites frontales qui n’éclairaient pas plus qu’un flash de téléphone. Dans les commentaires Google maps, beaucoup de gens s’en plaignaient. Pourtant, c’est cette partie que nous avons préférée.
Nous distinguions à peine les parois de la grotte, et pourtant nous pouvions ressentir sa profondeur, sa largeur, son immensité. Nous percevions la présence des chauves-souris qui l’habitaient, la puissance de la rivière qui la traversait, la fraîcheur et l’humidité de la roche qui la façonnait.
Le combo hors saison + fin de journée nous a offert le précieux cadeau de la solitude, au beau milieu de cet environnement irréel. Nous nous sentions d’autant plus minuscules face à cette immensité dont nous n’arrivions même pas à saisir toute l’ampleur.
Je ne saurais décrire davantage la sensation surprenante que l’on ressent lors d’un « voyage au centre de la Terre » (techniquement, nous étions plutôt au centre d’une montagne, mais 🤫). C’est quelque chose qui se vit plus que ça ne se raconte. Alors, j’ai longuement laissé glisser ma main dans l’eau de la rivière, essayant de m’imprégner de tout ce qui m’entourait afin d’ancrer cet instant au plus profond de mes cellules.
Jour 4
Au quatrième jour, nous arrivions au bout de la boucle (même si nous avions un peu triché en ne revenant pas jusqu’à la ville de Thakhek, évitant ainsi les 100 derniers kilomètres de nationale particulièrement fastidieux). Il ne nous restait plus qu’à aller jeter un œil au Rock Viewpoint.
Google Maps indiquait seulement 5 kilomètres jusqu’au point de vue lorsque nous avons commencé à dépasser de longues files de camions arrêtés sur le bord de la route. Un homme a tenté de nous arrêter, mais voyant que nous ne comprenions pas un mot de ce qu’il baragouinait, il nous a finalement fait un signe de la main qui semblait dire : « Bon, tant pis, vous verrez bien. » Et nous n’avons pas tardé à bien voir…
Quelques kilomètres plus haut, un camion s’était renversé dans un virage. Heureusement, avec nos petites motos, nous avons pu nous faufiler entre les voitures, les policiers et les débris de bois au bout de 45 minutes d’attente.
Nous avons ensuite pu siroter un café frais (tout en ayant une petite pensée pour les dizaines de camions et de voitures bloqués pour encore un bon moment) avant de partir pour une Skyview Walk d’une trentaine de minutes. La chaleur aura eu raison de nous, mais la rencontre avec un écureuil aura suffi à rendre chaque goutte de sueur valable.
